
Mirel Bran is an extremely well-regarded and experienced journalist. During his career, he has acted as Romanian correspondent for French paper Le Monde and French radio station Inter. His submission to ÉCU 2010 is Vanaturol de Securisti (Securitate Hunter), a documentary that follows Marius Oprea who, after growing up under the oppressive communist regime in Romania (1945-1989), is determined to bring those who committed war crimes to justice.
By Edward Caffrey
Translated by Lindsay Mayer, Eliza Gauthier
Q: What is your documentary about ? (Que racontez-vous dans votre documentaire?)
Après la deuxième guerre mondiale le communisme a été installé en Roumanie au moyen des tanks soviétiques. Quelques dizaines de milliers de Roumains ont pris le maquis pour organiser une opposition armée contre le nouveau régime. Cette armée de l’ombre a résisté pendant dix ans retirée dans les Carpates. La Securitate, la police politique du régime, les a traqués et quelque 10 000 partisans ont été exécutés sans procès et jettes dans des fosses communes éparpillées partout en Roumanie. Marius Oprea, surnommé en Roumanie le « chasseur de la Securitate », a créé en 2005 l’Institut d’investigation des crimes du communisme selon le modèle du Centre Simon Wiesenthal de Washington. La chasse des nazis a inspiré la chasse de la Securitate. Marius Oprea et son équipe d’archéologues sillonnent la Roumanie pour exhumer les dépouilles des partisans et pour les restituer à leurs enfant et petits-enfants. Au début du tournage je croyais que j’allais raconter une histoire tragique. Cette histoire est en effet tragique mais ce qui m’a marqué le plus c’est l’apaisement des descendants des victimes qui récupèrent leurs dépouilles pour les enterrer à nouveau avec une messe religieuse. Ce film est l’histoire de la paix retrouvée et d’un deuil qui a lieu soixante ans après le drame.
After WWII, communism was installed in Romania by Soviet tanks. Some tens of thousands of Romanians went underground to organize an armed opposition against the new regime. This shadow army resisted ten years and then withdrew to the Carpates [a mountain range on the eastern side of Romania]. The Securitate, the political police of the regime, tracked them down and some 10,000 supporters were executed without a trial and thrown in mass graves scattered throughout Romania. Marius Oprea, nicknamed in Romania the “Chasseur de la Securitate” (Hunter of the Securitate) created in 2005 The Institute of Investigation of the Investigation of Communist Crimes in Romania after the model of the Simon Wiesenthal Center in Washington. The hunt for the Nazis inspired the hunt for the Securitate. Marius Oprea and his team of archeologists criss-crossed Romania to exhume the follower’s belongings and to return them to their children and grandchildren. At the beginning of filming I thought I was telling a tragic story. The story is indeed tragic but what is most notable to me is the coping of the descendants of the victims who recuperated their belongings to bury them with a mass service. This film is the story of re-found peace and a mourning that took place 60 years later.
Q: How did you find out about Marius Oprea? (Comment avez-vous trouvé Marius Oprea?)
Mon travail de journaliste m’a amené à rencontrer cet homme. J’avais raconté son histoire dans les pages du journal Le Monde et dans un livre paru aux éditions du Cygne à Paris mais j’ai toujours eu le sentiment d’une mission inaccomplie. Le potentiel visuel de cette histoire était énorme et j’ai vécu pendant quelques années avec l’idée en tête de tourner un documentaire. C’était devenu un peu une obsession.
My journalistic work brought me to meet this man. I had told his story in the pages of the newspaper Le Monde and in a book published by Cygne (Paris) but I always had the feeling that it was an unaccomplished mission. The visual potential of this history was enormous and I came some years later with the idea in mind to make a documentary. It became a bit of an obsession.
Q: Why did you decide to make a documentary about his work? (Pourquoi avez-vous décidé de faire un documentaire sur son travail?)
J’avais 25 ans lorsque la dictature de Nicolae Ceausescu était tombée. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence sous la terreur de la Securitate. Au moment où le régime est tombé j’ai senti un énorme gouffre dans ma vie. J’ai eu du mal à trouver un lien entre ma vie sous la dictature et mon parcours après. Pendant vingt ans j’ai été marqué par ce fossé. Le film sur le « chasseur de la Securitate » devait me permettre de me réconcilier moi-même avec mon passé. J’avais déjà réalisé des films produits par des boîtes de production françaises mais cette fois j’avais envie de tourner sans les contraintes habituelles que les chaînes imposent. J’ai décidé que ma boîte de production finance ce projet pour me donner une liberté totale. Et je ne le regrette pas. Evidemment, on ne peut pas être fous tout le temps mais de temps en temps ça fait du bien.
I was 25 years old when the dictatorship of Nicolae Ceausescu fell. I grew up under the terror of The Securitate. When the regime fell, I felt an enormous void in my life. I had bad luck finding the link between my life under the dictatorship and my life after. For twenty years I had been marked by this void. (I hope) the film about “The Securitate Hunter” allows me to reconcile with the past. I had already made films with French production companies but this time, I wanted to make a film without the usual constraints the television chains impose. I decided that my French production company would finance this project to allow me total liberty. And I don’t regret it. Obviously, you can’t be crazy all the time, but from time to time it feels good.
Q: Who were the Securitate? (Qui étaient les gens de la Securitate?)
Le Securitate est encore présente non seulement dans l’imaginaire des Roumains mais aussi dans l’économie et la politique roumaine. Les anciens tortionnaires se sont convertis aux affaires, d’autres occupent des positions clés dans les partis politiques et l’appareil administratif. La Roumanie n’a jamais eu la volonté politique de s’en débarrasser. La transition désordonnée à la démocratie a divisé le pays entre une minorité de riches, qui ont eu des connexions dans le monde de la police politique, et une masse de pauvres qui doivent aujourd’hui se contenter d’un salaire moyen de 350 euros au sein de l’Union européenne.
The Securitate is still present not only in the imagination of Romanians but also in the economy and Romanian politics. The old torturers converted to business, others to key positions in political parties and the administration. Romania has never had the political will to free itself (from this). The disorderly transition to democracy divided the country between a rich minority who had connections in the world with “la police politique” (political police), and the poor masses who get by today with an average salary of 350 euros in the European Union.

Q: The documentary suggests that members of the Securitate, who perpetrated these crimes, still have significant political power in Romania. Do you believe that in making this documentary you have put pressure on these individuals? (Le documentaire suggère que des membres de la Securitate, qui ont perpétrés ces crimes, ont encore un pouvoir important en Roumanie. Croyez-vous qu’en faisant ce documentaire vous avez mis la pression sur ces individus?)
Ce documentaire va sûrement mettre la pression sur les anciens tortionnaires de la Securitate. Les Roumains croient savoir ce qui s’était passé dans leur passé. Moi-même j’en étais persuadé mais en faisant ce film j’ai découvert que je ne connaissais pas grand-chose. J’ai été épaté par la réaction des jeunes Roumains qui n’ont pas connu le communisme directement et qui ont visionné ce film. Ils souhaitent aujourd’hui que la justice soit faite et ils sont plus radicaux que leurs parents. C’est logique car ils n’ont pas eu de rapport direct avec la dictature et ils ne portent pas en eux ce sentiment de culpabilité collective qui est très présent dans la génération de leurs parents. C’est cette nouvelle génération qui sera capable de mettre la pression sur le système juridique pour régler ce problème. Mais ces jeunes ne feront rien si on ne leur raconte pas la vraie histoire de leur pays. C’est ce que le documentaire « Le chasseur de la Securitate » se propose de faire. On m’a dit souvent qu’il faut tourner la page du passé. Je suis le premier à le faire à condition qu’on sache ce qui est écrit sur cette page.
This documentary will surely put the pressure on the former torturers of The Securitate. The Romanians think they know what happened. Myself, I was persuaded. But in making the film I discovered that I didn’t know as much as I thought. I was amazed by the reaction of young Romanians who had known communism directly and who previewed the film. They wish today that justice be made–they’re more radical than their parents. It’s logical because they don’t have a direct connection with the dictatorship. They do not have the feeling of collective guilt still present in their parents’ generation. It’s the new generation who will be capable of putting pressure on the judicial system to settle the problem. But these youth will not do anything if the true story of their country isn’t told to them. It’s what the documentary “La Chasseur de la Securitate” intends to do. People often tell me that it’s necessary to film the pages of the past. I am the first to do it on the condition that people know what is written on this page.
Q: Do you think that international awareness of these atrocities will put greater pressure on Romanian politicians to prosecute perpetrators of war-crimes in Romania? (Croyez-vous qu’une prise de conscience internationale au sujet de ces atrocités mettra plus de pression sur les hommes politiques roumains pour qu’ils poursuivent les responsables de ces crimes de guerre?)
La pression internationale peut jouer un rôle très important. Regardez les sondages et vous allez constater que la majorité des Roumains font plus confiance à la Commission européenne et autres organisations internationales qu’à leur classe politique. Ils sont persuadés que seule une pression extérieure pourra remettre leur pays sur les rails. Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec l’Holocauste. Il aura fallu une génération pour prendre conscience de l’ampleur de ce crime contre l’humanité. Pour les victimes des dictatures communistes ce sera pareil. C’est aujourd’hui, une génération après la chute de ces régimes, qu’on peut enfin commencer à faire la lumière sur le passé. Les tortionnaires s’en sont sortis jusqu’à maintenant parce que les procureurs ont considéré que leurs crimes étaient des crimes ordinaires qui sont prescrits. Il suffit qu’un seul procureur ait le courage de considérer ces atrocités comme des crimes contre l’humanité qui sont imprescriptibles. A ce moment-là on pourra parler d’un Nürenberg du communisme. J’espère qu’on pourra mettre suffisamment de pression pour créer un précédent juridique.
International pressure can play a very important role. Look at the surveys and you notice that the majority of Romanians are more confident in the European Commission and other international organizations than their own political parties. They are persuaded only exterior pressure is capable of putting their country back on track. Remember what happened with the Holocaust: It took a generation to realize the scope of the crime against humanity. For the victims of communist dictatorships it will be the same. It’s today, a generation after the fall of these regimes, that one can finally start shedding light on the past. The former torturers were cleared until now because the prosecutors considered that their crimes were ordinary crimes that were dictated. It only takes a single procurer to have the courage to see these atrocities as unforgivable crimes against humanity. When that happens, you can start talking about a Nurenberg for (Romania). I hope that we will be able to put a sufficient amount of pressure to create judicial precedent.

Mirel Bran
Q: Are you working on a new project? (Travaillez-vous sur un nouveau projet?)
Mon prochain projet de documentaire est lié au « Chasseur de la Securitate ». Je vais continuer à tourner en 2010 le deuxième volet de cette histoire. Au printemps 2010 Marius Oprea et son équipe d’archéologues vont redémarrer l’opération de recherche des partisans. Cette fois il sera accompagné par des bénévoles américains passionnés par l’histoire et l’archéologie. Cela me permet d’avoir un angle différent sur cette histoire. Les 10 000 partisans exécutés par la Securitate avaient pris le maquis avec la conviction que les Américains viendraient pour sortir la Roumanie des griffes soviétiques. Mais les Américains ne sont pas venus. Ironie de l’histoire, ils arrivent soixante ans après pour exhumer leurs dépouilles. Et voilà un autre film.
My next documentary is connected to « Chasseur de la Securitate ». In 2010 I will continue the second part of the story. In the spring, Marius Oprea and his team of archaeologists will resume their work of to find the (bodies of the supporters). This time he will be accompanied by American volunteers impassioned by history and archaeology. This allows me to have a different angle on the story. 10,000 followers executed by the Securitate went underground with the conviction that the Americans would come to relieve Romania of the Soviet clutch. But the Americans did not come. What’s ironic is that they arrive 60 years later to exhume their posessions. And there you go, another film.
Mirel Bran is an extremely well-regarded and experienced journalist. During his career, he has acted as Romanian correspondent for French paper Le Monde and French radio station Inter. His submission to ECU 2010 is Vanaturol de Securisti (Securitate Hunter), a documentary that follows Marius Oprea who, after growing up under the oppressive communist regime in Romania (1945-1989), is determined to bring those who committed war crimes to justice.
Q&A: Vanatorul de Securisti (The Securitate hunter / Le chasseur de la Securitate) – Mirel Bran, Romania
By Edward Caffrey
Translation: Lindsay Mayer, Eliza Gauthier
What is your documentary about ?
1. Que racontez-vous dans votre documentaire ?
Après la deuxième guerre mondiale le communisme a été installé en Roumanie au moyen des tanks soviétiques. Quelques dizaines de milliers de Roumains ont pris le maquis pour organiser une opposition armée contre le nouveau régime. Cette armée de l’ombre a résisté pendant dix ans retirée dans les Carpates. La Securitate, la police politique du régime, les a traqués et quelque 10 000 partisans ont été exécutés sans procès et jettes dans des fosses communes éparpillées partout en Roumanie. Marius Oprea, surnommé en Roumanie le « chasseur de la Securitate », a créé en 2005 l’Institut d’investigation des crimes du communisme selon le modèle du Centre Simon Wiesenthal de Washington. La chasse des nazis a inspiré la chasse de la Securitate. Marius Oprea et son équipe d’archéologues sillonnent la Roumanie pour exhumer les dépouilles des partisans et pour les restituer à leurs enfant et petits-enfants. Au début du tournage je croyais que j’allais raconter une histoire tragique. Cette histoire est en effet tragique mais ce qui m’a marqué le plus c’est l’apaisement des descendants des victimes qui récupèrent leurs dépouilles pour les enterrer à nouveau avec une messe religieuse. Ce film est l’histoire de la paix retrouvée et d’un deuil qui a lieu soixante ans après le drame.
After WWII, communism was installed in Romania by Soviet tanks. Some tens of thousands of Romanians went underground to organize an armed opposition against the new regime. This shadow army resisted ten years and then withdrew to the Carpates [a mountain range on the eastern side of Romania]. The Securitate, the political police of the regime, tracked them down and some 10,000 supporters were executed without a trial and thrown in mass graves scattered throughout Romania. Marius Oprea, nicknamed in Romania the “Chasseur de la Securitate” (Hunter of the Securitate) created in 2005 The Institute of Investigation of the Investigation of Communist Crimes in Romania (insert link: http://www.crimelecomunismului.ro/en/about_iiccr) after the model of the Simon Wiesenthal Center in Washington (insert link: http://twitter.com/simonwiesenthal). The hunt for the Nazis inspired the hunt for the Securitate. Marius Oprea and his team of archeologists criss-crossed Romania to exhume the follower’s belongings and to return them to their children and grandchildren. At the beginning of filming I thought I was telling a tragic story. The story is indeed tragic but what is most notable to me is the coping of the descendants of the victims who recuperated their belongings to bury them with a mass service. This film is the story of re-found peace and a mourning that took place 60 years later.
How did you find out about Marius Oprea?
2. Comment avez-vous trouvé Marius Oprea ?
Mon travail de journaliste m’a amené à rencontrer cet homme. J’avais raconté son histoire dans les pages du journal Le Monde et dans un livre paru aux éditions du Cygne à Paris mais j’ai toujours eu le sentiment d’une mission inaccomplie. Le potentiel visuel de cette histoire était énorme et j’ai vécu pendant quelques années avec l’idée en tête de tourner un documentaire. C’était devenu un peu une obsession.
My journalistic work brought me to meet this man. I had told his story in the pages of the newspaper Le Monde and in a book published by Cygne (Paris) but I always had the feeling that it was an unaccomplished mission. The visual potential of this history was enormous and I came some years later with the idea in mind to make a documentary. It became a bit of an obsession.
Why did you decide to make a documentary about his work?
3. Pourquoi avez-vous décidé de faire un documentaire sur son travail ?
J’avais 25 ans lorsque la dictature de Nicolae Ceausescu était tombée. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence sous la terreur de la Securitate. Au moment où le régime est tombé j’ai senti un énorme gouffre dans ma vie. J’ai eu du mal à trouver un lien entre ma vie sous la dictature et mon parcours après. Pendant vingt ans j’ai été marqué par ce fossé. Le film sur le « chasseur de la Securitate » devait me permettre de me réconcilier moi-même avec mon passé. J’avais déjà réalisé des films produits par des boîtes de production françaises mais cette fois j’avais envie de tourner sans les contraintes habituelles que les chaînes imposent. J’ai décidé que ma boîte de production finance ce projet pour me donner une liberté totale. Et je ne le regrette pas. Evidemment, on ne peut pas être fous tout le temps mais de temps en temps ça fait du bien.
I was 25 years old when the dictatorship of Nicolae Ceausescu fell. I grew up under the terror of The Securitate. When the regime fell, I felt an enormous void in my life. I had bad luck finding the link between my life under the dictatorship and my life after. For twenty years I had been marked by this void. (I hope) the film about “The Securitate Hunter” allows me to reconcile with the past. I had already made films with French production companies but this time, I wanted to make a film without the usual constraints the television chains impose. I decided that my French production company would finance this project to allow me total liberty. And I don’t regret it. Obviously, you can’t be crazy all the time, but from time to time it feels good.
Who were the Securitate?
4. Qui étaient les gens de la Securitate ?
Le Securitate est encore présente non seulement dans l’imaginaire des Roumains mais aussi dans l’économie et la politique roumaine. Les anciens tortionnaires se sont convertis aux affaires, d’autres occupent des positions clés dans les partis politiques et l’appareil administratif. La Roumanie n’a jamais eu la volonté politique de s’en débarrasser. La transition désordonnée à la démocratie a divisé le pays entre une minorité de riches, qui ont eu des connexions dans le monde de la police politique, et une masse de pauvres qui doivent aujourd’hui se contenter d’un salaire moyen de 350 euros au sein de l’Union européenne.
The Securitate is still present not only in the imagination of Romanians but also in the economy and Romanian politics. The old torturers converted to business, others to key positions in political parties and the administration. Romania has never had the political will to free itself (from this). The disorderly transition to democracy divided the country between a rich minority who had connections in the world with “la police politique” (political police), and the poor masses who get by today with an average salary of 350 euros in the European Union.
The documentary suggests that members of the Securitate, who perpetrated these crimes, still have significant political power in Romania. Do you believe that in making this documentary you have put pressure on these individuals?
5. Le documentaire suggère que des membres de la Securitate, qui ont perpétrés ces crimes, ont encore un pouvoir important en Roumanie. Croyez-vous qu’en faisant ce documentaire vous avez mis la pression sur ces individus ?
Ce documentaire va sûrement mettre la pression sur les anciens tortionnaires de la Securitate. Les Roumains croient savoir ce qui s’était passé dans leur passé. Moi-même j’en étais persuadé mais en faisant ce film j’ai découvert que je ne connaissais pas grand-chose. J’ai été épaté par la réaction des jeunes Roumains qui n’ont pas connu le communisme directement et qui ont visionné ce film. Ils souhaitent aujourd’hui que la justice soit faite et ils sont plus radicaux que leurs parents. C’est logique car ils n’ont pas eu de rapport direct avec la dictature et ils ne portent pas en eux ce sentiment de culpabilité collective qui est très présent dans la génération de leurs parents. C’est cette nouvelle génération qui sera capable de mettre la pression sur le système juridique pour régler ce problème. Mais ces jeunes ne feront rien si on ne leur raconte pas la vraie histoire de leur pays. C’est ce que le documentaire « Le chasseur de la Securitate » se propose de faire. On m’a dit souvent qu’il faut tourner la page du passé. Je suis le premier à le faire à condition qu’on sache ce qui est écrit sur cette page.
This documentary will surely put the pressure on the former torturers of The Securitate. The Romanians think they know what happened. Myself, I was persuaded. But in making the film I discovered that I didn’t know as much as I thought. I was amazed by the reaction of young Romanians who had known communism directly and who previewed the film. They wish today that justice be made–they’re more radical than their parents. It’s logical because they don’t have a direct connection with the dictatorship. They do not have the feeling of collective guilt still present in their parents’ generation. It’s the new generation who will be capable of putting pressure on the judicial system to settle the problem. But these youth will not do anything if the true story of their country isn’t told to them. It’s what the documentary “La Chasseur de la Securitate” intends to do. People often tell me that it’s necessary to film the pages of the past. I am the first to do it on the condition that people know what is written on this page.
Do you think that international awareness of these atrocities will put greater pressure on Romanian politicians to prosecute perpetrators of war-crimes in Romania?
6. Croyez-vous qu’une prise de conscience internationale au sujet de ces atrocités mettra plus de pression sur les hommes politiques roumains pour qu’ils poursuivent les responsables de ces crimes de guerre ?
La pression internationale peut jouer un rôle très important. Regardez les sondages et vous allez constater que la majorité des Roumains font plus confiance à la Commission européenne et autres organisations internationales qu’à leur classe politique. Ils sont persuadés que seule une pression extérieure pourra remettre leur pays sur les rails. Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec l’Holocauste. Il aura fallu une génération pour prendre conscience de l’ampleur de ce crime contre l’humanité. Pour les victimes des dictatures communistes ce sera pareil. C’est aujourd’hui, une génération après la chute de ces régimes, qu’on peut enfin commencer à faire la lumière sur le passé. Les tortionnaires s’en sont sortis jusqu’à maintenant parce que les procureurs ont considéré que leurs crimes étaient des crimes ordinaires qui sont prescrits. Il suffit qu’un seul procureur ait le courage de considérer ces atrocités comme des crimes contre l’humanité qui sont imprescriptibles. A ce moment-là on pourra parler d’un Nürenberg du communisme. J’espère qu’on pourra mettre suffisamment de pression pour créer un précédent juridique.
International pressure can play a very important role. Look at the surveys and you notice that the majority of Romanians are more confident in the European Commission and other international organizations than their own political parties. They are persuaded only exterior pressure is capable of putting their country back on track. Remember what happened with the Holocaust: It took a generation to realize the scope of the crime against humanity. For the victims of communist dictatorships it will be the same. It’s today, a generation after the fall of these regimes, that one can finally start shedding light on the past. The former torturers were cleared until now because the prosecutors considered that their crimes were ordinary crimes that were dictated. It only takes a single procurer to have the courage to see these atrocities as unforgivable crimes against humanity. When that happens, you can start talking about a Nurenberg for (Romania). I hope that we will be able to put a sufficient amount of pressure to create judicial precedent.
Are you working on a new project?
7. Travaillez-vous sur un nouveau projet ?
Mon prochain projet de documentaire est lié au « Chasseur de la Securitate ». Je vais continuer à tourner en 2010 le deuxième volet de cette histoire. Au printemps 2010 Marius Oprea et son équipe d’archéologues vont redémarrer l’opération de recherche des partisans. Cette fois il sera accompagné par des bénévoles américains passionnés par l’histoire et l’archéologie. Cela me permet d’avoir un angle différent sur cette histoire. Les 10 000 partisans exécutés par la Securitate avaient pris le maquis avec la conviction que les Américains viendraient pour sortir la Roumanie des griffes soviétiques. Mais les Américains ne sont pas venus. Ironie de l’histoire, ils arrivent soixante ans après pour exhumer leurs dépouilles. Et voilà un autre film.
My next documentary is connected to « Chasseur de la Securitate ». In 2010 I will continue the second part of the story. In the spring, Marius Oprea and his team of archaeologists will resume their work of to find the (bodies of the supporters). This time he will be accompanied by American volunteers impassioned by history and archaeology. This allows me to have a different angle on the story. 10,000 followers executed by the Securitate went underground with the conviction that the Americans would come to relieve Romania of the Soviet clutch. But the Americans did not come. What’s ironic is that they arrive 60 years later to exhume their posessions. And there you go, another film.
