Étant une grande fan de Greta Gerwig, je n’ai pas été surprise par le fait que j’ai aimé Lady Bird. Cependant, malgré ma préférence marquée pour cette comédienne-réalisatrice, j’ai été surprise par combien j’ai aimé ce film.

Ce film montre une année dans la vie de Christine McPherson, alias “Lady Bird” (c’est son pseudonyme — c’est à dire, elle s’est donnée ce nom à elle-même !). L’année est pleine des larmes, d’épreuves, et des tribulations de la jeunesse. On la regarde se faire et perdre des amis, on est témoin de ses premiers flirts avec des garçons, et on voit son conflit avec ses proches tandis qu’elle essaie de découvrir son identité.

Il y a beaucoup de moments drôles dans ce film. Le scénario est exceptionnellement vif, avec des dialogues rapides et un ensemble des personnages excellents. Même les rôles les plus petits ajoutent quelque chose de spécial au film (mon préféré, c’est l’entraîneur qui devient metteur en scène de théâtre tout d’un coup).

Cependant, une grande partie de l’humour de ce classique culte instantané vient de sa fiabilité. En tant que personnage, malgré son propre caractère unique et son charme original (capturé parfaitement par Saoirse Ronan), Lady Bird est la quintessence de la jeune personne à l’aube de l’âge adulte. C’est le temps de la découverte dans nos vies, plein d’erreurs et de maladresse. Ce film nous fait rire parce que nous avons fait les mêmes choses qu’elle fait.

Par exemple, ses premières interactions romantiques avec des garçons sont un peu trop familières. Beaucoup d’entre nous ont déclaré notre dévouement indéfectible à notre premier petit ami, malgré aucune vraie connaissance de l’amour. Après la fin inévitable de cette relation, on tombe tous amoureux/euses d’un gars comme Kyle (joué par Timothee Chalamet): l’outsider indépendant, trop artificiel et bien trop prétentieux. Kyle est génial comme personnage parce que, même si sa prétention est bien évidente, nous ne pouvons pas éviter d’être légèrement charmés par lui aussi; on comprend trop bien l’attirance de Lady Bird pour lui. Comme un critique a dit sur le film : il est exactement ce type de garçon qui “nous fait lever les yeux au ciel, mais après tout, on rentre chez lui de toute façon”.

Étonnamment, les aventures romantiques de Lady Bird  ne sont qu’une petite partie du film. Il ne contribuent pas au mensonge hollywoodien que la vie de chaque jeune femme tourne autour de l’obtention d’un copain. Au lieu de cela, “Lady Bird” reste tellement retable pour nous parce qu’il décrit si parfaitement et comiquement notre désir d’être importants — C’est-à-dire, être quelqu’un de magnifique, d’exceptionnel, malgré la dure réalité de la vie. Nous ne sommes pas aussi spéciaux que nous aimons à penser. Au début du film, Lady Bird est la quintessence d’un rêveur, pour qui la réalité n’est qu’un inconvénient plutôt irritant. Ce voile d’ignorance glorieuse s’étend particulièrement à sa perception d’elle-même. Elle porte un bouclier d’invincibilité enfantin ; elle croit vraiment qu’elle peut tout faire et être tout ce qu’elle veut. L’extrémité de cette auto-conviction est soulignée dans un moment particulièrement comique quand elle demande à être mise à l’Olympiade des mathématiques dans son école malgré le fait que, selon son professeur, «les mathématiques ne sont pas son point fort». Malgré ses mauvais notes, Lady Bird croit toujours qu’elle a le potentiel d’être un génie mathématique non découvert, malgré la triste réalité – elle ne l’est pas vraiment.

 

Pourtant, tandis que le film progresse, Lady Bird réalise pas seulement certains de ses défauts (elle abandonne bientôt le rêve mathématique) ; elle se rend compte aussi qu’il y a plus dans la vie que ses propres rêves et désirs. Elle grandit — en partie à cause de ses expériences romantiques décevantes, mais surtout à travers ses relations avec ses proches. Par exemple, Lady Bird commence à voir les luttes de santé mentale de son père, ainsi que certains de ses amis les plus proches, quelque chose qu’elle n’a pas vu avant avec son auto-absorption. Étant donné qu’un dialogue sur la santé mentale ne fait que commencer à s’ouvrir dans notre société, j’apprécie les efforts de Gerwig pour les mettre en lumière dans le film. Bien qu’ils ne soient pas près d’une partie intégrante du récit, cela nous aide à donner une leçon morale. Oui, il est normal d’être auto-centré dans votre jeunesse. Mais faites attention – vous risquez de manquer le fait que quelqu’un que vous aimez a des difficultés. L’appel de réveil que l’apprentissage de la douleur des êtres chers de Lady Bird l’aide à devenir plus humble, même si c’est juste un peu.

Cependant, le principal domaine dans lequel nous voyons la transformation de Lady Bird est dans sa relation avec sa mère, Marion (Laurie Metcalf). Marion est une infirmière très cynique, qui est extrêmement prête à remarquer les échecs de Lady Bird et à essayer de la réintégrer dans la réalité. Parfois, elle peut être ridiculement rude et dure sur Lady Bird, sur ses capacités et sur elle en tant que personne. Cependant, il est important de noter que Marion n’est pas cruelle. Elle est laissée à gérer la famille avec un très petit revenu. Elle ne met pas en doute l’injustice de tout cela; elle est hyper-consciente de la dureté de la vie. Elle veut donc préparer Lady Bird au pire dans la vie parce que, pour être honnête, c’est la vie qu’elle a reçu. Même Lady Bird reconnaît que tout ce qu’elle dit et fait est parce qu’elle prend soin d’elle et de la famille, qui est montré quand elle défend sa mère contre des ennemis.

Ce qui est intéressant, c’est que pendant le film, on apprend que ces deux femmes ne sont pas aussi differentes qu’on penserait. Bien sûr, Lady Bird est une extravertie extravagante avec son propre sens de style et ordre, et sa mère est réservée, timide, et respectueux au statu quo de la vie. Mais même avec ses pieds sur la terre, elle trouve sa tête dans les nuages de temps en temps — secrètement, elle est rêveuse. Dans un scene, par exemple, on la voit dans sa voiture, entourée par le soleil, avec de la belle musique sur la radio. Immédiatement après, on voit son mari sur le toilet dans leur salle de bain morne, tandis qu’elle et lui discutent leurs problèmes d’argent. Le montage de ces deux scènes est très bien fait parce qu’ils soulignent parfaitement ce que la vie a dit à la mère: que les rêves ne sont que des bougies dans le vent fort de réalité.

Cependant, la vie n’est peut-être pas aussi austère que cela. Après tout, Lady Bird accomplit son rêve. Elle arrive à quitter sa ville natale pour se lancer dans ses rêves d’acteur, bien qu’elle apprend que sa nouvelle vie n’est pas aussi incrustée d’or qu’elle a pensé au début. Mais elle va bien. Également, même si sa mère ne vit pas la vie que les gens recherchent dans la jeunesse, il y a encore du bonheur à y trouver. Elle a une famille aimante, et un mari avec qui elle rit, même pendant les moments les plus difficiles. Elle va bien aussi.

Et ça, c’est le vrai message de Lady Bird: la vie ne sera pas le fantasme parfait que vous avez imaginé. Mais tu sais quoi? Tout ira bien, à sa manière. Avec cela, ce film porte une lueur magnifique qui est difficile à oublier.

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