Wind River est un des rares films à s’occuper du problème de violence sexuel sur des réserves indiennes et de l’indifférence du gouvernement fédéral. Le film, qui s’axe sur le viol et la disparition d’une jeune amérindienne Natalie (Kelsey Chow) sur le réserve de Wind River, symbolise une plus grande épidémie qui a poussé le National Indigenous Women’s Resource Center (NIWRC) à financer un exposé devant le Congrès américain le mois de février sur les efforts de répondre au taux d’agression sexuelle et de personne disparues parmi les amérindiennes. Surtout on a mis l’accent sur le point suivant : que presque chaque famille amérindienne a une proche qui a disparu ou qui était victime d’homicide, ou dont l’homicide n’a jamais été résolu.

Wind River saisit cette réalité tragique, quand le corps de Natalie est découvert par l’agent de la faune Cory Lambert (Jeremy Renner), dont la fille Emily a disparu il y a trois ans. Son dossier n’a jamais été résolu, mais le film suggère qu’elle aussi fuyait un agresseur quand elle est morte du froid extrême. Dans la séquence d’ouverture, comme Natalie fuit, terrifiée, à travers la toundra, on entend la voix de Emily récitant un poème qu’elle a écrit pas longtemps avant la nuit de sa disparition. Quand on regarde cette scène la première fois, on ne sait pas encore les identités de ces femmes, ce qui nous rappelle d’une manière troublante le nombre anonyme d’amérindienne qui ont disparu sans que le gouvernement en tienne un registre officiel.

Dans le film, on voit comment le cas de Natalie aurait pu être facilement enterré dans l’oubli, étant donné les pauvres ressources qui sont dédiées à l’enquête des crimes qui se passent sur les réserves indiens. Quand le corps de Natalie est retrouvé, le FBI envoie simplement l’agente qui est le plus près du lieu du crime, ce qui est dans ce cas l’agente inexpérimentée Jane Banner (Elizabeth Olsen). Ignorante du climat extrême sur le réserve Wind River, elle arrive portant un jacket pas très épais, et le chef de police lui dit qu’elle « sera morte dans cinq minutes si elle va dans les montagnes avec ça. » Quand Jane demande s’il y a du renforcement policier, il répond, « Ce n’est pas le terrain de renforts, Jane. Ici, faut se débrouiller. » Ses mots trouvent écho dans la cinématographie de Ben Richardson, comme les gros plans des vastes toundras nous enveloppe dans un grand sentiment d’isolement.

Dans ses meilleurs moments, Wind River est subtilement poétique. Beaucoup de critiques de film le considèrent comme le troisième accomplissement de Taylor Sheridan en tant qu’une intrigue criminelle qui fonctionne également comme critique sociale, les deux premiers étant Sicario et Hell or High Water. Pourtant le scénariste-réalisateur aurait mieux fait de tenir le rythme particulièrement méditatif de Wind River tout au long du film, plutôt que suivre de plus en plus le formulaire « thriller » de ses œuvres précédentes. Sheridan aurait pu se débarrasser de la scène avec l’impasse mexicaine en dehors de la roulette où Natalie a été violée, puisque tout ça ressentait comme un hommage maladroit à Tarantino. La dernière confrontation entre Lambert et l’agresseur de Natalie au sommet de la montagne ressentait aussi très forcée, surtout avec le dialogue qui était plein de sagesse cliché sur l’isolement terrible de la frontière.

L’autre faiblesse du film est le manque de concentration sur ses personnages amérindienne, surtout car le film traite un problème social spécifique à leurs communautés. Les parents de Natalie, et même le chef de police, devient de moins en moins important dans le drame principal, alors que les deux héros non-natif, Lambert et Banner, poursuivent et punissent l’agresseur de Natalie. Sheridan aurait mieux fait de comprendre plus de scène avec la mère de Natalie et la femme amérindienne de Lambert et d’élaborer sur les conversations entre Lambert et le père de Natalie (Gil Birmingham), ce qui sont uns des moments les plus riches et mémorables dans le film. Une considération hypothétique qui est tout aussi valide est comment le scénario aurait pu se développer autour d’un personnage principal amérindien plutôt qu’autour de Renner, malgré la forte interprétation qu’il donne.

Bien qu’il manque le statut d’un chef-œuvre, Wind River devrait être reconnu comme un des films les plus politiquement importants de cette année, capable de générer de conversation autour des questions de race, de violence sexuel, et du rôle de gouvernement fédéral en assurant la protection des femmes sur les réserves indiens. « Avant de répondre à l’injustice, nous devons d’abord reconnaître ces injustices, » a dit Cherrah Giles, la tête de NIWRC pendant les exposés sénatoriaux qui concordaient avec des efforts par des activistes et des membres de Congrès de désigner un jour national de sensibilisation envers le meurtre et la disparition des femmes amérindiennes. Nous rappelant que ces femmes-ci sont la seule démographique aux Etats-Unis pour laquelle il n’y a pas de statistiques officielles sur les personnes disparues, Wind River finit avec un aveu qui trouble, ce qui est que personne sait exactement combien de femmes amérindiennes sont disparues.   

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