Situé dans les mines des régions rurales du Danemark, Winter Brothers est un film profondément inquiétant sur l’isolement. Avec une ambiance brutale, il se fixe sur deux frères, Emil, qui est sensible, excentrique, et perturbé et qui a du mal à se faire accepter par les autres mineurs, et Johan, plus normal qui critique son frère de se marginaliser lui-même par son comportement bizarre. Maintenant au site minier pendant cinq ans, Emil n’a trouvé qu’un seul moyen de se faire accepter par les autres, ce qui est de leur vendre des bouteilles de sa gnôle qu’il fabrique avec des minéraux volés du site. Pourtant c’est une situation qui se retourne vicieusement contre lui quand un de ses collègues tombent brusquement malade. Tout le monde se méfie d’Emil et sa gnôle.

Emil, déjà seul dans cette communauté, perd de plus en plus le contacte avec la réalité maintenant qu’il est devenue la cible des hostilité des miniers. Il prend des mesures pour se défendre, regardant des vidéos d’entrainement des armées pendant qu’il est accroupi dans son salon avec un fusil de chasse. Sa folie croissante aurait pu être risible si un acteur avait joué le rôle d’Emil, mais Elliott Crosset Hove rend le personnage complètement inquiétant, sa figure maigre et son visage étrangement garçonnier contredisant malicieusement des perturbations refoulées. Ça nous renvoie une image de Gollum, avec sa posture accroupie, ses yeux trop brillants, et sa lutte obsessive contre les forces de mal en lui. Crosset saisit une violence élémentaire refoulée qui trouve son parallèle dans le paysage même, avec la machinerie sous-terraine monstrueuse qui grince invisiblement sous les couches de neige vierge et la poussière de calcaire scintillante.

L’ambiance est l’élément le plus fort dans Winter Brothers, avec la prestation de Crosset, la cinématographie de Maria Von Hausswolff, et une bande-son industrielle aussi inquiétante que celle de Good Time. Ce sont l’intrigue et l’impacte émotionnel qui tombent un peu à plat. Le problème est que ses conflits dramatiques clés ne sont pas canalisés à leur potentiel. Il y a la relation précaire d’Emil avec son frère, sa confrontation avec son patron, sa lutte de survivre dans une communauté qui lui en veut jusqu’à la mort, et surtout sa chute dans la folie et l’isolement encore plus extrême. Narrativement parlant, il y a beaucoup à utiliser dans ce film, mais tout ça dissipe dans la tendance du film d’être trop expérimental, presque obsédé par son expérimentation. Par des moments, Winter Brothers possède un pouvoir redoutable, mais dramatiquement parlant, ça passe trop de minutes en ne pas trouvant son idée essentielle.

Néanmoins, l’approche un peu incohérente de ce film est fusionnée avec un style et dynamisme qui font sans doute preuve d’un réalisateur très prometteur, Hlyner Pálmason. Certain séquences sont inoubliablement sinistres, comme le premier jour qu’Emil revient au site après que son collègue tombe malade, quand il marche contre-courant des autres mineurs, devant un mur où est gravés des dessins d’un homme qui vient de boire la gnôle d’Emil et qui tombe à sa mort. D’autres séquences sont extrêmement inquiétantes, pendant qu’Emil désire Anna, en la regardant comme un voyeur par sa fenêtre.

Et puis il y a la séquence de rêve après qu’Emil est jeté par la fenêtre du bureau de son patron, dans laquelle il est dans une position fœtale, face à Anna, nu et couvert de calcaire, en lui disant que ce qu’il veut est simplement que tout le monde désire : « être aimé et faire l’amour. » C’est une vue plongeante des deux enfermés, isolés, dans un cercle de lumière entouré par la noirceur totale, comme si on les regarde dans les profondeurs des mines par la lampe d’un casque mineur. C’est une image détachée, désespérée et profondément dérangeante.

Pálmason dit qu’il a envisagé Winter Brothers comme une « histoire d’un manque d’amour » donc si la bande-annonce nous fait attendre d’une manière assez trompeuse à un triller nordique, ce n’est pas surprenante qu’on voit plutôt est un mélange de documentaire immersif et de film-journal-privé dérangé sur les effets de l’isolement extrême dans une mine danoise. Si le début de Pálmason semble souffrir d’un creux émotionnel, peut-être c’est exactement l’effet qu’il voulait évoquer.  

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