Call Me By Your Name a été vénéré par tous les critiques et les cinéphiles. James Ivory a remporté des nombreux prix (plus récemment un Oscar lors de la cérémonie du dimanche dernier !) à l’incroyable âge de 89 ans, pour son scénario époustouflant. Timothée Chalamet a reçu plein d’acclamations pour son interprétation exceptionnelle en tant que protagoniste du film “Elio“, au point où vous pouvez à peine murmurer son nom sans entendre les échos des gens qui l’appellent le “prochain Daniel Day Lewis” ou qui disent “IL AURAIT DÛ GAGNER L’OSCAR.” Le film, tout simplement, a causé un délire amoureux dans le monde des cinéphiles et devient rapidement une obsession parmi eux.

Mais la question reste : ce film vaut-il vraiment le buzz ? Est-il une création cinématographique pour les âges ou est-ce que son adoration explosive représente son évanouissement rapide de l’histoire du cinéma ?

Je soutiendrai qu’il mérite l’enthousiasme, à une condition : soyez sûrs de ne pas le confondre avec une représentation de la réalité. Bien que Call Me By Your Name n’ait ni le réalisme magique de, disons, La Forme de l’eau de Del Toro, ni les théâtralités excentriques presque synonymes du nom “Wes Anderson,” il y a un fort thème d’irréalité dedans.

La prémisse du film est assez simple : il s’agit d’un été dans la vie d’Elio et son histoire d’amour avec l’un des élèves de son père, Oliver (Armie Hammer). Pourtant, immédiatement, nous apprenons que ce ne sera pas aussi simple que cela ; un titre révèle bientôt que ce film se déroulera dans une région mystérieuse “quelque part en Italie du Nord”. Ce manque de précision est important ; cela signifie que nous ne pouvons pas fonder le film dans la réalité avec notre connaissance géographique de la région. Nous sommes simplement obligés d’accepter ce paradis glorieux du soleil. En d’autres termes, Ivory et Luca Guadagino, le réalisateur du film, conspirent ensemble pour sortir ce village de l’espace, comme on le connaît.

Même plus intéressent, c’est le succès de Guadagino en sortant ce film du temps. Bien qu’on sait que le film se déroule en 1983, l’esthétique du film le rend intemporel. La maison familiale et la ville voisine sont incroyablement pittoresques dans leur style d’architecture et d’ameublement européen. Le bar local a un sentiment nostalgique ; il a la décoration intérieure et la commanderie d’un temps perdu. La technologie spécifique à l’ère et les références à la culture populaire sont également très rares. On voit presque pas de voitures dans le film et nous ne voyons la télévision qu’une seule fois. Même la grande musique iconique de cette génération est utilisée légèrement, la musique classique étant préférée à sa place. L’importance de ceci est qu’on se trouve perdu. Même ses très rares références culturelles rendent “Call Me By Your Name” trop moderne pour être un drame d’époque du début du 20e siècle. Cependant, il est également trop différent du point de vue stylistique de ce qu’on comprend des années 80, à savoir que nous ne pouvons accepter pleinement que c’est l’ère dans laquelle il a lieu. On se trouve dans un endroit intemporel où les plus anciens plaisirs de la littérature et de la musique remplacent la vie moderne.

Cependant, une question intéressante émerge quand on se demande si ce thème d’irréalité est démontré dans la relation entre Elio et Oliver. Call Me By Your Name a été salué par la communauté LGBT + et ses alliés pour sa représentation réaliste de l’amour homosexuel. Les critiques notent, par exemple, la joie rare d’avoir une histoire d’amour homosexuelle non centrée sur un agenda politique ni sur des méchants caricaturaux. C’est juste une histoire d’amour entre deux hommes. De plus, Chalamet et Hammer ajoutent individuellement quelque chose à l’authenticité de la relation. Chamalet brille lorsqu’il décrit parfaitement la vulnérabilité et la jeunesse d’Elio. Son langage corporel transmet la maladresse initiale d’Elio et l’insécurité, ses mouvements raides et son corps droit, jusqu’à ce qu’il devienne plus audacieux, plus confiant dans ses émotions. Tandis qu’Elio apporte la peur et l’émerveillement qui vient avec le premier amour, je dirais que c’est à travers la performance de Hammer que nous assistons à la joie totale. Dans les scènes ultérieures, il ne cesse jamais de sourire ou de rire hardiment ; il incarne ce vertige qui vient seulement avec l’amour.

Cependant, malgré la réalité que ces acteurs apportent à leurs personnages, je dirais qu’il y a quelque chose qui n’est pas tout à fait « fidèle à la vie » à propos de leur amour : leur dialogue ne reflète pas le langage naturel. Tandis que certains critiques ont noté leur appréciation pour le peu de dialogue, en raison de la liberté qu’il donne aux acteurs de transmettre l’émotion à travers le « non-dit », je crois que cela nous prive également de la capacité d’humaniser les personnages. Il n’y a pas de conversation banale ou vraiment de conversation prolongée et significative. Ils parlent soit en poésie, soit en échanges intenses, parfaitement synchronisés, trop artificiels pour être de véritables exemples de discours spontané. Les mots sont trop spécifiques, trop méticuleusement choisis pour nous de l’ignorer. Au lieu de nous montrer les personnalités d’Elio et Oliver, ils sont un outil, un élément d’art ajouté à chaque scène. Plutôt que des « gens », ils existent tous les deux comme des œuvres d’art.

 

Cependant, il est parfaitement raisonnable que ces personnages, et leur été dans le paradis intemporel du soleil sans fin, ne dépeignent pas la réalité. Guadagino n’essaie pas de capturer la réalité ; il capture l’amour dans sa forme la plus pure et la plus parfaite. Je crois que cela aide à penser que c’est un souvenir de son premier amour. Les mots exacts, les temps exacts, les endroits exacts ne comptent pas vraiment ; c’est le sentiment qu’ils invoquent dans le spectateur. Peut-être, il y avait un jour pluvieux occasionnel, mais chaque jour, on s’est senti ensoleillés. Peut-être on a parlé pendant des heures, mais franchement seulement quelques moments, quelques fragments de conversation ont duré toute la vie. C’est l’amour purifié ; le banal, l’ordinaire et l’insatisfaisant sont tous rejetés.

Pourtant, même cet amour d’un été parfait ne peut éviter les réalités de l’hiver pour toujours ; les amants doivent se séparer. La neige et la présence physique de l’hiver accompagnent le chagrin d’Elio. Cette scène est incroyablement puissante alors que nous assistons à l’effondrement émotionnel d’Elio avec un gros plan de son visage. C’est une performance exceptionnelle de Chalamet grâce à sa tristesse accablante, son chagrin total, visible dans chaque pore de son visage. Plutôt que d’essayer de capturer la réalité, c’est encore l’émotion de la scène qui mérite d’être soulignée ; ce sentiment de discordance, de la misère de perdre notre premier amour. Elio tente de retrouver une partie de leur beauté de leurs conversations antérieures. Pourtant, Oliver doit le garder dans le maintenant. Ce n’est pas tant ce qui est dit qui est important ; c’est simplement le fait que leur rapport ne puisse rester le même. Il capture la vie dans une lumière plus brillante.

Malgré le fait qu’il n’est pas aussi naturaliste que quelques autres films contemporains, Call Me By Your Name reste relevant à la vie ; on a presque tous partagé les mêmes sensations qu’Elio dans le cadre d’amour. La différence, c’est qu’ils sont capturés dans une lumière plus belle ; l’or du soleil qui lève, par rapport au ciel d’un autre jour ordinaire.

Close
Go top UA-100342494-1