Depuis Nightcrawler, aucun film n’a mieux saisi le malaise américain que le nouveau film des frères Safdie, ironiquement intitulé Good Time. Dans le film, Robert Pattinson joue Connie Nikas, un criminel en fuite à New York qui veut payer le caution de son frère mentalement handicapé, Nick, suite à l’attente de voler une banque. Pendant qu’il cherche frénétiquement à ramasser une somme de $10,000, le drame devient un cauchemar à la fois crasseux et surréel dans le milieu criminel de Brooklyn.

De nombreuses façons, Connie est l’archétype du fonceur agressif et anti-institutionnel. Il y a un peu de Trump dans sa rage refoulée, dans ses mensonges bruts, et dans ses machinations impétueuses et narcissistes. Il ne gagnerait point de sympathie s’il n’y avait pas sa relation affectueuse entre lui et son frère, ainsi que son désir sincère de défier une société qui les a laissée comme des individus endommagés par le système. Pattinson est brillant dans ce rôle – c’est entièrement lui qui nous fait sentir la montée d’adrénaline dans ce film, comme il fonce des portes et se précipite dans les couloirs.

L’intensité de ce film est augmenté aussi par une production ingénieuse, ce qui comprend une partition musicale qui a gagné le prix à Cannes, écrite par un musicien expérimental de Brooklyn, Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never). Son électro-pop inquiète fortement les spectateurs, s’installant comme une bombe erratique qui pourrait s’éclater à tout moment. Similaire aux cauchemars néo-noirs de Taxi Driver (1976) et Wake in Fright (1971), Good Time nous fait éprouver les paroxysmes mentaux de ce protagoniste et son odyssée dérangée à travers une caméra subjective.   

En même temps, les frères Safdie ont réalisé une esthétique qui est tout à fait la leur. Plutôt que les couleurs plus fades de Taxi Driver, ils se servent d’une palette fluo et éclatante, ce qui rend la ville de New York comme une kaléidoscope et aussi comme un jeu d’arcade condamné dans des plans aériens. Ces plans contrebalancent la possibilité augmentée par des plans subjectifs, celle de sauver Nick. Similaire au générique du début dans la série HBO The Night Of (2016), Good Time comprend des images aériennes de la ville qui évoquent la notion d’une cage autour de son protagoniste en fuite.

Aussi comme The Night Of, Good Time s’appuie sur ses tendances noires pour délivrer une critique sur la race et le système judiciaire. Quand Connie est au parc d’attractions, en cherchant une bouteille d’acide qu’il pourrait vendre pour payer la caution, il est sur le point d’être arrêté par un policier noir, mais il bat ce dernier, vole son uniforme, et, devant les autres policiers qui arrivent, fait semblant ce que l’homme noir est l’intrus. « Il y a un équilibre entre l’iniquité et la conscience dans Good Time qui est très complexe, » Indiewire a noté. « Que le film a réussi à comprendre des nuances sociales comme ça, quand il aurait pu être un simple thriller, est son plus grand accomplissement. »

Comme il nous amène dans la quête tumultueuse et quasi-criminel de Connie pour libérer son frère, Good Time nous fait découvrir d’une manière chaotique les partis privés de la société américaine dans sa plus grande métropole. Regarder ce film, c’est une expérience à laquelle on réfléchira bien après que le film a pris sa fin sombre.  

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