« La comédie n’est pas stupide, mais honnêtement c’est une profession très bizarre, » Elisabeth Moss a-t-elle avoué il y a plus de trois ans, quand la dernière saison de Mad Men était sur le point de se diffuser. « Mon job est de me lever, et de m’habiller dans les vêtements de quelqu’un d’autre et de faire semblant que je suis quelqu’un d’autre. Qui fait ça ? » C’est une observation drôle mais ce qui est certain c’est que Moss est mieux à le faire que quiconque. Elle a maîtrisé l’art de « faire semblant », de rendre ses illusions sur l’écran viscérales, immédiates, et tout à fait réelles.

Elle a grandi dans une famille d’artistes et depuis un jeune âge elle savait qu’elle voulait en être une aussi. Sa passion pour les arts dramatiques a commencé avec la danse. Elle s’entraînait au American School of Ballet et au Kennedy Center à D.C. avec la danseuse légendaire Suzanne Farrell. Avec le recul, Moss croit que son parcours double de danse et de comédie lui a prouvé avantageux pour sa carrière, en lui donnant un autre exutoire créatif et en lui empêchant de devenir trop obsédée par la célébrité hollywoodienne.

Comme enfant elle jouait dans la minisérie Lucky Chances et dans l’adaptation filmique de la production Broadway Gypsy, avec Bette Midler. Mais son rôle qui lui a porté l’attention était dans le film Girl, Interrupted, où elle jouait une victime de brûlures dans un établissement psychiatrique. C’était d’une manière tellement convaincante qu’elle a joué ce personnage que quand Whoopi Goldberg l’a regardé pour la première fois, elle a pris Moss pour une vraie victime de brûlures engagée pour faire ce rôle.

Ses autres rôles dans les films se définissent aussi par sa capacité d’approfondir des personnages traumatisés. Dans Listen UP Philip, sa première collaboration avec le réalisateur Alex Ros Perry, elle joue une photographe dans une relation dysfonctionnelle avec un écrivain narcissique. Parlant de la dernière scène dans ce film, qui montre Moss en gros plan en train de sangloter, The Guardian a écrit qu’elle « mérite un prix juste pour ce moment seul. » Son interprétation aussi déchirante dans Queen of Earth a inspiré Slate magazine a dit que chacune de ses expressions est un « bijoux de portraiture. »

Pourtant c’est la télévision où Moss domine avant tout, recevant la distinction « the Queen of peak TV » de Vulture magazine. Elle a été nominée six fois pour son rôle comme Peggy Olson dans la série d’AMC Mad Men, et encore une autre fois pour son rôle comme enquêteuse dans la série noire de Jane Campion Top of the Lake. Depuis longtemps elle était la « Léonardo DiCaprio » du monde Emmy, nominée chaque fois mais jamais gagnante, c’est-à-dire jusqu’à cette dire où elle a reçu le prix pour The Handmaid’s Tale dans son rôle comme la servante écarlate Offred.

Ce qui réunit l’œuvre de Moss, c’est une file passionnément féministe. Dans Mad Men, elle est la seule écrivaine dans sa compagnie, déterminée à concourir avec les hommes et d’être reconnue pour ses accomplissements, tout en normalisant l’idée d’une « femme carrière » comme elle ouvre la voie pour des générations futures. Dans Top of the Lake, son personnage lutte aussi contre le sexisme, cette fois dans le monde cru, violent, et ingrat de travail policier. Elle joue détective Robin Griffin, dont la détermination de résoudre la disparition d’une jeune fille enceinte de douze ans dans le village de Laketop, New Zealand est poussée par un incident traumatique de son propre passé.

C’était pendant le tournage de la deuxième saison de Top of the Lake que Moss a reçu le scénario pour la série qui se trouverait au centre de ses performances féministes : The Handmaid’s Tale. Reconnaissant l’occasion unique que cela représentait, elle a accepté le rôle principal à condition qu’elle pourrait être aussi productrice. Ainsi c’était grâce à Moss que Reed Morano pouvait porter son talent énorme à cette série, les deux femmes ayant déjà travaillé ensemble sur Meadowland. La cinématographie de Morano saisit toute la rigidité et réalité physique de Moss comme elle joue Offred, une des servantes écarlates, ou esclaves sexuelles dans les mariages forcés avec les leaders théocratiques dans une vision dystopique de la société américaine. Ensemble, Moss et Morano a définit la texture et le ton de cette série pour que ça devienne une allégorie sublimement froide de sexisme, de répression, et de violence masculin, tout en faisant du personnage de Moss un icône de résistance dans un monde brutal mais pas inimaginable.

Au festival de film de Tribeca, Moss était la cible de tirs pour son refus apparent d’épouser le mot « féministe » pour décrire The Handmaid’s Tale. Mais en voyant la pertinence politique de cette série et comment elle a galvanisé les activistes pour les droits reproductifs des femmes, elle a commencé d’épouser son rôle comme porte-parole pour des causes féministes avec beaucoup plus d’enthousiasme. Elle se prête aussi à reprendre son rôle comme Offred puisque The Handmaid’s Tale s’est fait commissionnée pour une deuxième, et apparemment plus sinistre, saison. On dit que dans ce prochain chapitre, la vraie révolution commencera et que Moss y sera évidemment, à l’avant-garde.

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