Avant de commencer à rétracter sa vie et sa carrière extraordinaires, j’aimerais tout d’abord remercier James Ivory pour avoir tout seul mis fin à ma crise de quarte de vie. Car, comme beaucoup d’autres dans leurs vent ans, j’ai passé beaucoup de temps à me sentir complètement perdue, simplement trop consciente de toutes les étapes importantes que je n’avais pas accomplie à 23 ans.

“Call Me By Your Name” 2017

De toute façon, après avoir obtenu son premier BAFTA individuel pour son scénario pour « Call Me By Your Name », (et peut-être son premier Oscar individuel ce dimanche !), à l’âge de 89 ans, James Ivory a donné espoir aux millénaires confus. Peut-être, il y a encore du temps pour moi pour faire quelque chose avec ma vie. Il n’y a pas, apparemment, un limité d’âge à l’excellence.

Mes camarades de la génération Y pourraient être rassurés de savoir qu’Ivory n’a pas immédiatement entendu l’appel des lumières dorées d’Hollywood. Même s’il est né à Berkeley en Californie, un éblouissant centre d’acteurs et de cinéastes, il a grandi dans les Klamath Falls, dans l’Oregon. Son père, Edward Patrick Ivory, possédait une entreprise de bois alors que sa mère, Hallie Millicent Ivory, consacrait son temps à élever lui et sa sœur Charlotte. Bien que, avec son imagination brillante et sa grande passion pour l’art et l’histoire, il était clair qu’il n’allait pas suivre les traces de son père, le jeune Ivory aspirait à être un architecte, sur les conseils de quelqu’un qui fréquentait sa maison familiale. Après le lycée, Ivory a continué avec cette ambition, obtenant un diplôme en architecture et beaux-arts de l‘université de l’Orégon, en 1951.

James Ivory, Franco Origlia/Getty

Et pourtant, il semble inévitable qu’il finirait par succomber au clin d’œil du grand écran. Dès son plus jeune âge, Ivory a adoré les films, en passant chaque samedi de sa jeunesse au cinéma avec sa mère. D’ailleurs, il visitait régulièrement les plateaux de tournage des films, car son père vendait souvent du bois aux MGM studios. Avec un peu de recul, il devrait avoir reconnu son âme de cinéaste un peu avant. Même s’il était juste un garçon au bout de l’adolescence, il ne pouvait pas s’arrêter d’offrir ses critiques aux cinéastes et à l’équipe de production autour de lui. À une occasion particulière, il ne pouvait s’empêcher de les réprimander pour utiliser un tapis particulièrement « inapproprié ». Cet œil pour le détail, et le désir de maintenir l’intégrité d’un film continuera à bien le servir dans sa carrière, bien qu’il ne soit peut-être pas mieux apprécié en ce moment.

Après avoir échappé brièvement en France après le diplôme avec la vague idée d’apprendre le français (un plan d’action auquel cet écrivain se sent un peu trop lié …) Ivory a découvert le cinéaste dans lui-même. Il à étudié à l’Université de la Southern California School of Cinematic Arts un Master en cinéma, pendent le quel il a voyagé à Venise pour réaliser sa thèse de Master : le documentaire « Venice: Theme and Variations ». Ses études furent, cependant, interrompus par la guerre de Corée, pendant laquelle il a passé deux ans en service en Allemagne.

L’arrière-plan de la guerre n’a pas diminué sa passion pour les arts et le drame : il a passé la plupart de son temps en service à organiser des représentations pour les soldats, une chose qu’il a vraiment aimé et de la quelle il se souvient encore tendrement. Après la guerre, il a terminé sa thèse-documentaire de Master, et il a pris son diplôme de USC en 1957.  L’héritage de « Venice :Theme and Variations » ne finit pas avec la descente de son chapeau bleu clair ; il a été nommé par le New York Times l’un des dix meilleurs films indépendants de l’année.

The “Merchant Ivory” Trio: James Ivory, Ruth Prawer Jhabvala, and Ismail Merchant.

C’était avec le film suivant, « The Sword and the Flute », sorti en 1959, que la vie d ‘Ivory a vraiment changé. À sa première à New York, Ivory a rencontré Ismail Merchant, le jeune étudiant en économie qui deviendra un « moteur puissant » dans la vie d’Ivory. Les deux ensembles, en collaboration avec l’écrivaine Ruth Prawer Jhabvala, formèrent la société de production de film « Merchant Ivory ». Leur collaboration, qui durera 44 ans, a été notée dans la Guinness Book of World Records comme la plus longue dans l’histoire du cinéma Indépendant. Loin de l’être seulement la plus longue, elle est sans doute l’une des collaborations  les plus réussies dans l’histoire du cinéma. En produisant des film tels que « Howard’s End », « A Room With a View », « Mr and Mrs Bridge » et « The Remains of the Day », Merchant Ivory à reçu innombrables prix, inclus 23 Academy Award nominations, dont elle en a gagné 6.

Au delà du succès dans la carrière, rencontrer Merchant a changé la destinée d’Ivory d’une autre façon ; en lui, il a trouvé son âme sœur. Ils ont passé leurs 44 ans de collaboration professionnelle entièrement comme des amants. Leur relation amoureuse était loin d’être conventionnelle ; après des années de relation, le couple a décidé d’avoir une relation ouverte et les deux ont vu d’autres personnes tout en restant ensemble. Malgré cela, ils sont restés vraiment amoureux et dévoués l’un à l’autre jusqu’à la mort soudaine de Merchant en 2005. Ivory a décrit la mort de Merchant comme étant «la pire chose qui lui soit jamais arrivée », à laquelle « rien ne se compare ». Cependant, d’une certaine manière, Ivory a eu de la chance – la mort de Marchand a eu lieu pendant que le duo éditait « The White Countess ». Se devoir concentrer sur la finition du film a aidé Ivory à éviter de tomber dans une dépression trop profonde. Ce n’est que lorsque Ivory a commencé à tourner “La ville de votre destination finale” des années plus tard, qu’il à commencé à se sentir à nouveau vivant. Il explique que c’est en « filmant un film, en faisant ce qu’il était censé faire » qu’il a réussi à retrouver le « bonheur ».

“Maurice” 1987.

Au-delà de sa propre vie amoureuse, James Ivory a eu une influence incroyable et incroyablement positive sur la communauté LGBT +. Son impact est particulièrement visible à travers son travail. “Call Me By Your Name ” a reçu des éloges brillants pour avoir capturé l’amour homosexuel dans le film avec toute sa pureté et sa beauté, libre de l’ordre du jour politique et des méchants. Cependant, je dirais que c’est son film précédent “Maurice“, adapté du roman de E.M. Forster, qui a eu la plus grande influence culturelle. À la fin des années 1980, une époque marquée par la paranoïa du SIDA et pendant laquelle l’homophobie sévissait, Ivory a eu le courage de sortir un film qui capturait l’amour interdit entre deux hommes de l’Angleterre édouardienne. Il a donné une voix aux hommes homosexuels, un récit, et surtout de l’espoir à une époque où ils ont été réduits au silence, injuriés et forcés de se cacher dans la honte pour ce qu’ils étaient. À travers «Maurice», Ivory a été une lumière, une lumière qui pénétrait l’obscurité des armoires, faisant en sortir leurs habitants avec amour et fierté. Même maintenant, les gens disent “merci” pour <<Maurice>> quand le voient  ; cela montre combien de pouvoir il a eu dans leur vie.

J’ai commencé cet article en remerciant Ivory pour l’inspiration que son succès le plus récent a donné à ma vie. Je souhaite terminer en remerciant encore une fois Ivory pour la force, l’espoir et la beauté que tout son héritage cinématographique a donné à beaucoup de gens.

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