Un conte de fée sur le pouvoir transcendant de communication, The Shape of Water est la perle rare que les fans de Guillermo Del Toro attendaient depuis longtemps. Le film se déroule dans les années soixante pendant la Guerre Froide et raconte l’histoire d’une jeune femme muette qui travaille en tant que concierge dans un laboratoire militaire clandestin où une créature amphibie a été placée en captivité pour voir s’il peut servir les américains contre l’URSS. La plupart des personnages regardent cette créature comme une menace exotique, mais Elisa s’identifie à son incapacité de parler, qui l’a rendu emprisonné, incompris, et séparé des autres. Un amour bizarre mais délicat prend forme entre eux, mélangeant des éléments de la poésie fantastique, des thrillers, des films noirs, et du cinéma muet. Bien qu’il soit ambitieux dans sa portée, la vision de Del Toro transcende sa gamme de genres, ce qui cristallise autour de la simple perception que notre humanité est profondément liée à notre besoin de communiquer l’un avec l’autre.

The Shape of Water est fascinant et passionnant grâce en grande partie à l’interprétation de Sally Hawkins, qui constitue le cœur humain du monde hyper-stylisé et parfois irréelle de Del Toro. Son silence s’exprime d’une manière poétique pendant qu’elle parcourt la vie accélérée et mécanique de l’Amérique d’après-guerre, nous sensibilisant aux barrières invisibles qui la rendent isolée. Une autre actrice aurait pu tomber dans des exagérations sentimentales mais Hawkins « restent très réel et vraisemblable » (Miami New Times). Elle s’inspire de la poésie gestuelle du cinéma muet tout en exprimant une gamme d’émotions par ses yeux. Elle nous ancre émotionnellement dans la tapisserie fantastique d’allusions qui consistent de Creature from the Black Lagoon, des comédies musicales de Fred Astaire, et la version de Cocteau de Beauty and the Beast.  

L’amour entre Elisa et l’amphibien – qui aurait pu être l’élément le plus grotesque du film – se montre étrangement et merveilleusement hypnotique. Il atteint son plus beau point dans la séquence fantastique où elle noie son appartement dans l’eau, et elle et la créature s’embrassent dans un moment suspendu pendant que des objets se tournent d’une manière lyrique autour d’eux. Cette une subversion sublime de l’Amérique des années cinquante, dans laquelle Del Toro transforme l’abris d’Elisa en un palais sous-mer où les conventions et les prisons de la société ont disparues. Le monde moderne gouverné par le temps au début du film (symbolisé par l’ubiquité d’horloges, de chronomètres, et de montres) est remplacé par la fluidité glorieuse de l’imagination, pendant que l’eau immisce nos sens dans le silence et l’univers intime de pures gestes dans lequel Elisa et la créature communiquent l’un avec l’autre.

Avec ses thèmes de la sensibilité, de la langue et de la communication, The Shape of Water fait penser au film de l’année dernier, Arrival. Comme le sci-fi visionnaire de Villeneuve, l’œuvre de Del Toro révèle une psychologique poussée par la peur chez les humains dans leurs interactions avec d’autres formes de vie intelligentes. Il montre notre tendance de supposer un but néfaste parmi tous qui n’est pas humain, de tout dominer plutôt que communiquer et comprendre. Comme les heptapods dans Arrival, la créature amphibie possède un pouvoir qui nous est en fait avantageux, une énergie réparatrice qui provient de son système nerveux qui guérit des blessures humaines. Donc le fait que cette créature a été appelée « The Asset » par des personnels militaires qui ne le regardent qu’en tant qu’une arme est tristement ironique étant donné sa capacité à guérir.

Que la créature soit souvent torturée dans le laboratoire est peut-être une allégorie politique de la brutalité et l’intolérance dans les années soixante aux Etats-Unis. Le lien d’Elisa avec la créature trouve une parallèle dans ses amitiés avec des personnes qui auraient été marginalisées et mal traitées pendant cette période, y compris sa collègue afro-américain Zelda et son voisin gai Giles. Dans un autre film, ces personnages auraient pu sembler caricaturales ou stéréotypés mais Del Toro leur donne des bizarreries marrantes et humanisant – le fastidieux Giles s’obsédant sur ses illustrations rejetées et cédant à sa passion pour des vieilles comédies musicales dans la compagnie d’Elisa, et la personnalité verbeuse de Zelda qui contraste totalement au silence d’Elisa. Parmi des moments les plus inspirants sont ceux où cette bande d’exclus planifient l’échappe de la créature, défiant une société impitoyable et la règne sadique de la tête du laboratoire, le « all-American » Colonel Richard Strickland (Michael Shannon).   

Bien qu’il montre la capacité malheureuse des humains pour la cruauté, The Shape of Water exprime sa confiance qu’on peut arriver à la compassion par la communication. Pleine de forces violentes mais aussi de beauté lyrique, il respire quelque chose de complètement humain derrière ses fioritures visuelles. Expliquant l’esthétique au cœur de son œuvre, Del Toro a nommé Franciso Goya, Jorge Luis Borges, et Lewis Carroll parmi ses influences, ainsi que ses propres expériences pendant son enfance avec des rêves lucides. S’il y a quelque chose qui décrit parfaitement les moments inoubliablement beaux dans The Shape of Water, c’est précisément ça, c’est-à-dire un rêve lucide, chatoyant sur l’écran, où le sens est silencieusement et vivement façonné.

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