Il y a dans cette génération quelque chose à propos de passer à l’âge adulte de perpetuellement péjoratif. L’obsession du calcul de l’apparence engendre un débilitant narcissisme. Estime de soi est littéralement quantifiable. Les relations et leur maintenance ne sont pas estimées valable sans une recherche active du fond social par le biais d’Internet. Les gens sont-ils encore véritablement amis ?

girlhoodTout ça pour dire que la relation dépeinte dans le film de Celine Sciamma, Bande de filles, prend racine dans la loyauté et la camaraderie – quelque chose que nous trouvons plus dans cette génération qui est obnubilé par l’apparence. Bande de filles est le troisième film de Céline Sciamma. Et alors qu’elle n’est plus etrangère avec le genre de l’adolescence, elle mélange intelligement l’histoire pour ratifier les catégories s’accordant aux différentes règles de l’amitié entre filles : Une fidélité à toute épreuve.

Nous voyons les débuts de cette amitié de filles alternative grandir au début du film avec la protagoniste Mariem (Karidjia Touré). Marieme est au premiers abords, timide – une certaine fermeté apparaît sur son visage durant une conversation avec sa conseillère d’orientation, des sourcils froncés, le dos vouté, et un regard désolé. A cet instant, il lui faut encore découvrir le pouvoir qui vient avec un entourage. Cela va arriver.

Girlhood film - 2015Avec Mariem, il y a un quartet de filles fougueuses, toutes issues de familles de la classe ouvrière de banlieues parisienne. Chaque fille a un surnom choisi par le groupe ; Il y a Lady (Assa Sylla), Adiatou (Linsday Karamoh), Fily ( Marietou Tore), et lors d’une pseudo-initiation, Lady nomme Mariem, Vic – diminutif de Victoire – qu’elle inscrit même sur une chaîne en or pour les finalités de l’initiation. Le quartet tompe leur ennui de banlieusarde en traînant ensemble, draguant les garçons mignons, volant, buvant, terrorisant les filles du gang rival, et inéluctablement solidifiant leur jeune amitié.

La relation entre filles est une interessante alternative à la discussion de café et les insécurités fiévreuses qui viennent avec ce genre de récit. Dans Bande de filles se sont plutôt des matchs d’insultes. Les filles se sont adaptés à leur environement difficile et ont forcé Mariem à en faire de même. Elles sont terrifiante à croiser, mais comme n’importe quelle adolescente, sont dans l’attente désespérée d’une connexion. Heureusement pour elle, par contre, elles font parties des seules à trouver cette connexion. Leur amitié – à la longevité incertaine, toutefois – est au moins certaine pour ce qui est du présent. Et dans un moment mémorable de solidité aux teintes bleus, les filles chantent « Diamonds » de Rihanna, une ode à la rareté de la vraie amitié.

maxresdefaultMais comme tout, les choses changent. Avant, Marieme marchait difficilement derrière les filles, à présent, elle vole de l’argent. Elle se bat avec une fille de la bande rivale, qui avait tabassé et humiliée Lady – et pour la légitimation de Lady – lui coupe victorieusement son soutien-gorge avec un canif et le met dans sa poche après avoir écrasé sa tête au sol. Elle gagne alors du respect aurpès de son frère ainé, abusif. Marieme passe de timide à affirmée. Et ne participe plus aux zonages de ses amies non plus. Marieme gravit les échelons, laissant ses amies derrière pour travailler pour Abou, un dealer de drogue influent. Elle s’affirme auprès de deux colocataires garçons, elle se désexualise en cachant sa proitrine, coupant ses cheveux, et brutalisant les jeunes sans défenses qui croisent son chemin, comme elle autrefois, avec l’aide de ses collègues dealers. Marienne n’est plus celle qu’elle était autrefois, mais est-elle fière d’elle ? Peut-être pas. Et peut-être qu’elle devrait remmercier ses amies quand un changement d’avis la ramène dans sa ville, figée face à la porte du HLM qu’elle appelait autrefois « maison ». Il n’y a pas ici, de jeune fille ecervelée, textotant sans cesse, se donnant un air occupée, cool. Il y a juste Mariame, et la mémoire de qui elle était autrefois, ses anciennes amies, son ancienne vie, incertaine de vouloir réintégrer le foyer familial au nom des souvenirs internissables. Bande de filles ramène Marieme à ses projets de filles de banlieues qu’elle avait autrefois, avec les sourcils froncés, le dos voutés, et un regard désolé. Et comme toujours – fidèle et dévouée.

Traduction de Charles Nari

Close
Go top UA-100342494-1