“Mon cinéma est une extension de ma personne, une sorte de témoignage de moi-même, de mes quelques vertus et de mes nombreuses limites”. 

Alejandro G. Iñárritu

ale 2 webD’origine mexicaine, Alejandro G. Iñárritu a passé son enfance à voyager à travers l’Europe et l’Afrique. Les diverses rencontres qui ont ponctué ce parcours ont eu un impact non négligeable sur lui et son cinéma, dont l’objet est justement l’être humain dans son essence – aussi imparfaite, confuse, honteuse ou faible soit-elle. Une nostalgie amère s’entremêlant sans cesse avec expériences émotionnelles, belles choses, vifs mais fuyants souvenirs; voilà le type de sentiment qui parcours le cinéma d’Iñárritu depuis son premier long-métrage, AMORES PERROS (2000). Ce film, qui se penche sur la complexité universelle des comportements humains, dépeint des personnages n’ayant rien en commun mais rapprochés violemment par un accident de voiture. Au fil du film, ces personnes s’exposent sans fard dans toute leur vulnérabilité, rendant le film gênant à regarder, comme trop près de l’intimité de ces êtres au plus fort de leur faiblesse.

Dans le prolongement de cette vague (presque) macabre, Iñárritu réalisa 21 GRAMMES (2003) et BABEL (2005). Tout comme AMORES PERROS, ces deux films multiplient les histoires qui s’entrecroisent et se bouleversent entre elles, effet papillon dévastateur qui lie chacun des personnages jusqu’au sang. Tous sont connectés, tout n’est qu’extension de quelque chose, ou de quelqu’un d’autre. Cet inlassable sujet est parfois exploré de manière littérale, comme avec une transplantation de coeur, ou sous forme de métaphore filée, lutte sans fin pour la reconnaissance et contre le solitude.

ale 4 webLassitude vis-à-vis d’un sujet bien écumé ou conséquence de la séparation avec son scénariste Guillermo Arriaga, Iñárritu opéra un changement drastique avec son film suivant, BIUTIFUL (2010). Néanmoins, s’il opta dans ce long métrage pour une narration plus conventionnelle, il ne délaissa pas pour autant son goût pour les émotions et défauts humains: culpabilité, honte et fragilité sont au programme. Mais ce film dénote d’une nouvelle inspiration, d’origine latino. En effet, le personnage principal, Uxbal (Javier Bardem), illustre à merveille le réalisme magique typique de l’oeuvre de Gabriel Garcia Marquez. Tout comme l’auteur, Iñárritu laisse la liberté à son public de croire dans un autre monde, royaume mystique, parfois sombre, effrayant, brutal, toujours magique.

ale 1 webCe goût pour le réalisme magique se retrouve dans son film BIRDMAN: ou la surprenante vertu de l’ignorance (2014), ovationné et largement récompensé (oscars du Meilleur film, du Meilleur réalisateur, Meilleur scénario original, Meilleure photographie). Qu’y-a-t’il de si magique à propos d’un superhero à la retraite et des tribulations de son égo? La semi folie qui ronge le personnage principal, acteur marginalisé en quête de renaissance artistique. Le film explore le thème du doute de soi, effort pour comprendre l’éternelle lutte interne de tous les artistes (et de tous les êtres) – qui suis-je? Un véritable artiste? Un produit marketing? Comment composer entre le désir d’intégrité et celui de reconnaissance? Le personnage, à peine sein d’esprit, lutte pour distinguer célébrité passée et réalité présente.

La dernière création d’Iñárritu, THE REVENANT, sortira en salle en 2006. Le film relate la quête impitoyable de vengeance d’un trappeur laissé pour mort par les membres de son équipe, luttant seul pour survivre dans des conditions extrêmes. S’il est inspiré d’une l’histoire vraie et adapte à l’écran un livre, le film témoigne néanmoins du style d’Iñárritu. Le tournage lui-même semble avoir été marqué par la personnalité du réalisateur, et beaucoup ont parlé à cet égard de l’entêtement du cinéaste à ne vouloir tourner qu’avec de la lumière naturelle. Autant dire que l’attente est considérable pour ce prochain long métrage. Iñárritu ne semble par pour autant trop inquiet : “quand vous serez le film, vous verrez son échelle. Et vous direz “wow””.

ale 3 webPeut être cette extrême exigence est justement ce qui fait d’Iñárritu l’un des plus grands cinéaste de notre temps. Ou bien est-ce le fait que son oeuvre est une parfaite représentation de ce qu’est la vie, la véritable: obscurité, misère, honte, mais aussi amour, force, la volonté de continuer à avancer, de frôler les étoiles. En un sens, on peut dire qu’Iñárritu célèbre la vie jusque dans les plus sombres de ces films. Le cinéma comme une expérience vitale, avec toute sa magie et toutes ses imperfections. De quoi faire chavirer n’importe quel amoureux de cinéma indépendant.

 

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