Après la bien triste nouvelle de son départ le 5 octobre dernier, nous avons décidé de dédier notre article spotlight de la semaine Chantal Akerman, “au revoir” d’ÉCU à la cinéaste belge qui eut tellement d’influence sur le cinéma féminin et d’avant-garde.

Chantal Anna Akerman, dont les occupations incluaient artiste, réalisatrice, professeur, écrivain, productrice, cinéaste et éditrice (rien que ça), est née le 6 juin 1950 à Bruxelles de parents polonais juifs. Ses grands-parents et sa mère furent envoyés à Auschwitz, dont seule la dernière en sortit. Même si ces évènements eurent lieu avant sa naissance, ils marquèrent néanmoins profondément l’artiste et prirent bien entendu une place importance dans son expérience personnelle. Ayant imprégné la jeune fille dès l’enfance, à travers les anxiétés de sa mère et l’environment traumatisé dans lequel elle fut élevée, il était évident que le passé trouble de cette famille ne manquerait pas de refaire surface dans l’art d’Akerman. L’anxiété dont souffrait sa mère est à cet égard un thème récurrent dans sa filmographie.

pierrot-le-fou1-150x150Le Pierrot Le Fou (1965) de Jean Luc Godard, qu’elle vit pour la première fois à l’âge de 15 ans, la conforta dans sa décision de ce lancer dans le cinéma. Elle assura d’ailleurs tout au longs de sa carrière que c’est “Godard qui m’a donné l’envie de faire des films”. Elle quitta rapidement l’école de cinéma qu’elle avait intégrée à l’âge de 18 ans pour réaliser son premier court-métrage, un film en noir et blanc de 30 minutes tourné en 35mm et titré Saute Ma Ville. Les films qui suivirent sont pour la plus part des récits se déroulant dans un contexte actuel et mettant en scène des personnages féminins. Mais ce qui distingua véritablement Akerman fut, d’une part, les éléments tirés de sa vie personnelle qu’elle parsema dans son oeuvres, et d’autre part, sa touche cinématographique unique. Dès les années 70, elle fut considérée comme une figure majeure du cinéma expérimental européen et des films féminins.

rsz_saute_ma_villeEn 1972 elle déménagea à New York où elle réalisa les films caractéristiques de son oeuvre que sont Hotel Monterey (1972), La Chambre 1 (1972) et La Chambre 2 (1972). Ces réalisations eurent une influence notable sur la cinématographie structurelle, à travers ces longs plans séquences qui permettent d’osciller entre abstraction et figuration. Parmi ces influences peuvent être cités, entre autre, Stan Brakhage, Jonas Mekas, Michael Snow, Yvonne Rainer et Andy Warhol.

jeanne2bigweb-150x150Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975) fut son plus grand succès cinématographique. Film hypnotique étudiant de près la vie quotidienne d’une veuve encore jeune, le long-métrage fut salué par le New York Times comme le “premier chef d’oeuvre sur la condition féminine dans l’histoire du cinéma”.

no home movieD’autres titres de sa filmographie incluent Je, tu, il, elle (1976), News from Home (1976), Les Rendez-vous d’Anna (1979), Nuit et jour (1991) et D’est (1993). Elle continua à tourner jusqu’en 2015, année où sortit No Home Movie, une vidéo-essai sur sa mère rescapée des camps, qui fut projeté au Locarno Film festival 2015. En définitive, Chantal Akerman sera pour toujours considérée comme une grande dame du cinéma, et sa marque laissée sur le cinéma, et dans nos esprits, restera à jamais indélébile.

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