Est-il possible de tourner un film entier en une seule prise? Et est-il possible de faire en sorte que ce-dit film plaise néanmoins à une large audience? Le cinéaste et acteur allemand Sebastian Schipper nous prouve que oui.

victoria-2015-poster-e1446838824374-610x350Quand son dernier film « Victoria » est sorti en salle cet été, la surprise a été double pour les spectateurs. D’abord par son histoire captivante: celle d’une jeune femme espagnole, Victoria (Laia Costa), lentement entraînée dans un braquage par des criminels berlinois. Deuxièmement, par l’incroyable technique de son réalisateur, le film ayant été entièrement tourné en un plan séquence de 135 minutes. Cela signifie, tout simplement, qu’il a été entièrement composé sur le plateau, lors d’une unique prise, et qu’il ne contient donc aucune coupure.

victoriaSchipper, producteur et acteur avéré, a vécu le tournage de Victoria comme un retour sur son premier plateau: « Je suis parvenu à me libérer et être à nouveau stupide, à nouveau sans-peur“. Ce sentiment énergique est facile à comprendre quand on pense à la différence entre le cinéma standard et un projet comme Victoria. Tout doit être planifié à l’avance et répété, de sorte que lorsque la prise de vue réelle a lieu, la caméra puisse capturer ce qui constituera exactement l’image du film. Sans erreurs et sans interruption! Autant dire que la capacité du directeur à influencer le produit final est pour le moins limitée. Il ne peut pas intervenir lors de la prise de vue réelle, faisant entièrement confiance à ses acteurs et à son équipe. Oubliez les tours de magie qui peuvent avoir lieu dans la salle de montage pour faire des pires prises des bons films.

Evidemment, ce film a été une aventure pour tout le monde, et pas que pour Schipper. Ses acteurs notamment ont eu la chance de vivre l’action sans être interrompus une centaine de fois. De cette façon, ils ont réussi à développer une profonde identification avec leurs personnages. On se sent vivement leur présence en regardant le film. Néanmoins il faut bien avouer qu’il y a beaucoup d’inconvénients à travailler de cette façon: les choses peuvent rapidement tourner au vinaigre. Jusqu’à la dernière minute rien ne garantissait que « Victoria » puisse voir le jour dans les salles sombres. Autant dire que la production du film s’est montrée bien courageuse et utopique. Le budget alloué trois ne permettait que trois prises. Les deux premiers s’étant mal passées d’après Schipper, la troisième était la dernière chance de succès pour le projet. “Tout a commencé parce que j’avais fait un rêve au sujet d’un braquage”, explique de réalisateur de 47 ans dans une interview avec le indieWIRE film magazine. Heureusement, plutôt que de devenir criminel et de braquer lui-même une banque, il a décidé d’écrire un script, inspiré par le frisson du crime. Seulement le réalisateur s’est bien vite rendu compte que s’il voulait traduire cette émotion en images, il devrait quitter le cycle conventionnel de production d’un film. La solution: faire un plan séquence unique.

Victoria_StillLe film « Victoria » n’est pas le première du genre, ”L’Arche russe » d’Alexandre Sokourov (2002) ayant été tourné de la même manière, sans coupure. Néanmoins, la décision d’opter pour une film-plan-séquence repose sur une approche franchement extraordinaire, sans oublier le grand risque financier pris par la production. Voilà pourquoi Sebastian Schipper avait pensé à un échappatoire: “le Plan B était de faire une version en jumpcut. Voilà comment j’ai obtenu le financement « .

Savoir si ce succès poussera l’industrie du film a soutenir plus volontiers des projets comme Victoria est une question à laquelle seul l’avenir peut répondre. On peut néanmoins affirmer que la sortie de nouveau films à la Victoria serait une nouvelle bien rafraichissante !

Close
Go top UA-100342494-1