Stan Bakhage (14 Janvier 1933 – 9 Mars 2003) est un influent réalisateur américain avant-gardiste qui explore les frontières de l’expression artistique et de la perception visuelle au travers du médium du film. Brakhage_1Durant cinquante ans de réalisation, il a fait 400 films (!) de longueurs variables. Ses films sont toujours douloureusement vivant, l’irrépressible énergie cinétique déborde au-delà de la limite de l’écran. Bakhage était catégoriquement opposé à la convention narrative du cinéma ou à tout film qui voulait imposer une «façon de voir ». Ses films ne veulent pas vous « aspirer ». A la place ils veulent que le spectateur soit au courant du fait qu’ils regardent des images mouvantes. Si ça met le spectateur mal à l’aise, c’est encore mieux. Ses centre d’intérêt sont aussi divers que sa quantité de travail est vaste. Mais un thème central qui connecte tout son travail est la méditation sur le processus de visionnage lui même. Les images dans les films de Brakhage sont difficiles à préciser. Elles changent, se métamorphosent, se dispersent à un rythme fébrile. Même lorsque des images sont employées, elles ne sont jamais présentées de la façon dont le spectateur s’y attendrait, ce qui rend toutes tentatives d’analyse concrète d’un sens dans les images de Brakhage futiles. La construction formelle de son film est une poignante métaphore de la mutation constante de la conscience humaine.

 Bakhage a été brièvement étudiant au Dartmouth College, avant d’abandonner pour pouvoir faire plus de films. Il préfère travailler manuellement, teignant et grattant directement la pellicule. Il travaille surtout seul, à l’exception de certaines collaborations occasionnelles avec d’autres artistes. Focalisant son attentionBrakhage_2 sur la subjectivité individuelle, cette manière solitaire de travailler était probablement la plus adaptée. Il semblerait peut-être que ce genre de travail ne pouvait tout simplement pas être produite en groupe. Quand ses films étaient présentés, ils étaient souvent reçus avec dérision. C’est durant les années 60 que ses travaux comme The Dog Star Man Cycle (1961-1964), une série de 5 films considérés comme des « chefs d’oeuvres de sa première période mature », ont commencés à rencontrés une certaine reconnaissances. Tout au long de sa films, il continue de faire des films et d’enseigner. En 1996, on lui diagnostique un cancer de la vessie, due aux colorants de goudron de houilles qu’il utilisait pour faire ses films.

 Son idée était de montrer ce que le médium du film pouvait être quand toutes les formes de narrations formelles et conventionnelles étaient évacués. L’expérience de visionnage des films de Bâchage est souvent étonnamment intime, déboussolant, et irrésistible. Sa philosophie artistique est brusquement perceptible lorsqu’on examine ses films en détails. Dans Window Water Baby Moving (1959), un de ses premiers travail, Bâchage explore l’expérience subjective de la naissance de son premier enfant de manière assez vive. Dans la même veine, The Act of Seeing With One’s Own Eyes (1971) – un des volets de sa « Pittsburgh trilogy » – est un regard frontal, et sans voiles du processus d’une autopsie. La caméra montre fixement tout le processus avec le cheminement de tout les horribles étapes l’une après l’autre. Il n’y a aucun commentaire pour guider le spectateur, juste le sens du silence, l’implacable observation. Ses choix de sujets extrêmes et le style du montage montre assez clairement que Bakhage voulait que le spectateur se focalise sur le processus inconscient d’interprétation des images. La même philosophie s’applique à son travail plastique. Dante Quartet (1987) est une relecture visuelle de l’Enfer de Dante, qui lui a pris 6 ans à réaliser. Ses couleurs et ses mouvements sont poignantes, inquiétantes, lyriques, similaires en son style à Lovesong (2001), un de ses derniers travaux qui est aussi peint à la main et abstrait en sa forme.

 Les adjectifs suivants sont ceux qui décrivent le mieux les travaux de Brakhage : Intense, viscéral, hanté, tranchant, choquant, fiévreux, frénétique et magnifique. Pour Brakhage, être réalisateur est une façon de brakhage_3contempler la nature de l’existence elle-même, sa vision ou une autre. la nature de ses films, attirant constamment l’attention sur l’inhérente fragilité de son existence. Ses films sont intensément subjectif. Et pourtant, sa quête interne profonde parvient à une certaine vérité universelle : le vide au centre de l’existence. Ses images feront toujours allusion à un sens et une signification concrète, un placage que nous avons créés. Les images de Brakhage ne laisseront pas le spectateur s’en sortir facilement. Tout comme les images rayés et sans mots de ses films, ils restent gravé dans la mémoire visuelle, hantant de la manière la plus poétique qu’il soit.

Écrit par Avery Jung

Traduit par Charles Nari

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