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Si Hollywood devait nominer un véritable homme de la Rénaissance, Viggo Mortensen serait tout en haut de la liste. Extrêmement versatile, l’acteur danois-américain est aussi poète, peintre, photographe, musicien, et locateur courant de cinq langues. Il a fait présenter sa photographie dans des expositions partout dans le monde, a fait sortir plus d’une dizaine d’album « spoken word », et a fait publier plus d’une dizaine de livres multimédias contenant ses poèmes, ses photos, et ses peintures. Son premier recueil de poésie, publié en 1993, intitulé Ten Last Night. Aussi il a fondé une maison de publication en 2002 qui s’appelle « Perceval Press » pour que des écrivains et des artistes peu connus puissent se faire remarquer.

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Mortensen lui-même était un artiste obscur mais profondément engagé bien avant qu’il soit devenu un acteur iconique et renommé. Après avoir fait ses études à l’Université St. Lawrence en politique et en espagnol, il a mène une vie bohème et poète, écrivant dans son temps libre pendant qu’il trouvait des petits boulots comme camionneur, docker, et marchand de fleurs ambulant. Lors de son retour aux Etats-Unis, son rêve était de devenir un écrivain célèbre.

Bien que cette aspiration-ci ne se soit pas concrétisée tout de suite, la vie lui réservait une autre sorte de rêve. À New York, Mortensen s’est mis à suivre des cours de théâtre, et ce n’était pas longtemps avant qu’il ait trouvé des petits rôles. (Ses agents lui ont conseillé en fait de changer son nom à « Vic Morten » mais heureusement il a refusé.) Le premier rôle par lequel il s’est fait remarquer, c’était comme un fermier amish, Moses Hochleitner, dans le thriller de Peter Weir, Witness (1985). Au cours des dix prochaines années, il a joué dans d’autres films policiers, parmi lesquels deux remakes de Hitchcock, Psycho (1998) et A Perfect Murder (1998). Dans le deuxième, les tableaux qu’on voit dans le studio de son personnage ont été peints par Mortensen lui-même.

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Mortensen s’est fait remarquer aussi dans le théâtre, au Coast Playhouse à Los Angeles, en jouant un officier nazi sadique dans la pièce de Martin Sherman, Bent (1987). La représentation de Sherman d’homosexuels dans les camps concentrationnaires a fait des vagues avec sa référence puissante à l’épidémie du Sida et le violence contre les homosexuels pendant les années quatre-vingt. Pour ce rôle-ci, ce que Mortensen a incarné avec une impassibilité inquiétante, il a reçu un Prix des Critiques Dramalogues.

C’était avec le rôle d’Aragorn que Mortensen a atteint la renommée mondiale et est devenu un des visages les plus célèbres d’Hollywood. Après avoir lu le scénario pour Lord of the Rings, il a failli décider de ne pas prendre le rôle, disant qu’il ne pourrait pas passer assez de temps avec son fils. Ironiquement c’était celui-ci qui, étant un fan énorme de la série de Tolkien, a poussé son père à le faire. Quand Mortensen a rejoint l’équipe de tournage, il a remplacé le jeune acteur irlandais, Stuart Townsend, qui s’était déjà entrainé sur le tournage pendant deux mois. Peter Jackson préférait infiniment Mortensen, puisqu’il donnait un gravitas au personnage qui manquait à Townsend.

La production de Lord of the Rings était tumultueuse, et les accidents qui sont arrivés à Mortensen sur scène sont entrés dans les annales hollywoodiennes d’anecdotes bizarres. Pendant une scène de combat, Mortensen a cassé sa dent et a insisté pour que les producteurs lui permettent de la recoller pour qu’il puisse finir la scène. Une autre fois, pendant qu’il surfait avec les autres membres de l’équipe (ils le faisaient tous les jours), il a reçu un bleu sur sa joue. Par conséquent, Jackson filmait que le côté gauche de son visage pendant la séquence célèbre du Moria (Middle Earth).

Au milieu du chaos du tournage, Mortensen épousait tout à fait son rôle. Il écrivait un journal privé sur son temps en Nouvelle-Zélande, qu’il a fait publié plus tard en forme d’un livre multimédia qui s’appelle Sign Language, ce qui raconte le tournage de Lord of the Rings à travers un mélange de poésie, de peinture, et de photographie.

Mortensen se souvient d’avoir tellement épousé son personnage que quand Jackson l’appelait « Aragorn » pendant plus d’une demi-heure, il l’a même pas remarqué. Mortensen a insisté pour que le réalisateur modifie le scénario pour inclure de dialogues d’Aragorn parlant dans la langue des elfes. Un cavalier expérimenté, il se rapprochait aussi des chevaux sur le tournage et les a adoptés tous les deux dès que la production s’est terminée. Son habilité équestre s’est montrée encore dans son prochain film, Hidalgo (2004), dans lequel il a fait ses propres cascades.

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Ses prochaines interprétations remarquables étaient avec David Cronenberg dans A History of Violence (2005) et puis dans Eastern Promises (2007). Mortensen a déclaré que A History of Violence, où il joue la propriétaire d’un café-restaurant qui cache un passé comme ancien gangster, était un des meilleurs films qu’il a jamais vus, en expliquant que c’est l’incarnation de ce que le film noir est censé être. Il admire beaucoup Cronenberg, en disant que c’était « réconfortant de travailler avec quelqu’un qui réalisera certainement un très bon film. » Le sentiment était mutuel. Cronenberg l’a appelé Mortensen un acteur brillant. Il croyait aussi que Mortensen, en dépit de son ethnicité danoise, avait l’apparence slave. Par conséquent, ils se sont réunis pour tourner le prochain opus mafia de Cronenberg, Eastern Promises.

Mortensen s’est beaucoup préparé pour le rôle de l’agent infiltré, Nikolai Luzhin. Il a entrainé avec l’acteur et répétitrice linguistique, Olegar Fedoro. Il a passé des semaines en Russie avant que la production ait commencée, a écouté des enregistrements spoken word, a fait des recherches sur le trafic d’êtres humaines dans la région d’Oural, et a regardé The Mark of Cain, un documentaire tourné par son ami, Alix Lambert, sur les prisons à sécurité maximale en Russie. Cronenberg était étonné par la capacité de Mortensen de s’immerger dans le monde criminel de Eastern Promises. « J’ai écrit le scénario, » il a dit. « Mais le cœur et l’esprit de Nikolai provient vraiment de Viggo . . . Il porte l’intensité, le sens d’humour, et la subtilité à Nikolai qu’il porte à toutes ses interprétations. »

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L’évaluation de Cronenberg s’est montrée entièrement valable dans le prochain film important de Mortensen, The Road (basé sur le roman de Cormac McCarthy), dans lequel il joue un père qui tente de survivre avec son fils dans un monde post-apocalyptique. Dans son dernier film, Captain Fantastic, sa capacité de saisir une gamme d’émotions et de qualités a aussi fasciné des spectateurs et gagné des nominations. On pourrait même dire que Mortensen est similaire au personnage de Ben Cash dans sa façon intellectuelle de s’engager dans une dizaine de projets à la fois. La différence, c’est que dans la vraie vie, Mortensen ne s’engage pas avec du zèle mais avec humilité.

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