Parfois, un passé sombre donne vie à une nouvelle génération éclairée. Il peut sembler difficile de surpasser plus de quatre décennies de communisme, au cours desquelles la culture n’était qu’un véhicule de propagande. Mais dans le cas roumain, au lieu d’être un obstacle, ce passé grisâtre sert d’inspiration à une nouvelle génération de réalisateurs: la renaissance du cinéma y trouve sa source. La plupart des films de la Nouvelle Vague roumaine se déroulent pendant les années 1980 sous le règne communiste de Ceausescu, et traitent des combats quotidiens et de l’adaptation de la vie à un régime dictatorial. D’un style minimaliste et souvent austère, ces films emploient aussi le cynisme et l’humour noir, le tout dans une ambiance réaliste.

Le premier film à entrer avec succès sur la scène internationale, «Trafic», réalisé par Catalin Mitulescu, a remporté la Palme d’Or du prix. «La Mort de Mr.Lăzărescu», le deuxième long-métrage de Cristi Puiu, très bien reçu par les critiques internationales, a remporté le prix Un Certain Regard, à Cannes en 2005. Cette comédie sombre raconte l’histoire de la dernière nuit d’un vieillard, transporté d’hôpital en hôpital car tous les médecins refusent de le soigner. Ces questions de morale font, paradoxalement, sourire les spectateurs; mais le film est également une critique sévère des changements économique et politique de la Roumanie, dont le passage au capitalisme et à la démocratie ont chamboulé la vie des habitants.

 

Apres le succès du long-métrage indépendant de Corneliu Porumboiu «12:08 à l’Est de Bucharest», qui a gagné la Caméra d’Or en 2006, la cote de la Nouvelle Vague roumaine atteint son sommet en 2007, lorsque Cristian Mungiu remporte la Palme d’Or lors de la 60e édition du Festival de Cannes. Son film, «4 mois, 3 semaines et 2 jours», raconte l’histoire de deux colocataires qui organisent un avortement illégal. Il rappelle ainsi l’oppression et la misère qui étaient monnaie courante sous Ceausescu, lequel, entre autres, avait interdit toute méthode de contraception afin de faire croitre la population. Le film donne la chair de poule, mais donne aussi matière à réflexion. Le critique cinématographique en chef du New York Times, A.O. Scott, plaça le film en tête de liste de ses films préférés de 2007, et septième des meilleurs films de la décennie.

D’autres exemples de films qui ont acquis une renommée internationale, s’inscrivant dans le mouvement de la Nouvelle Vague roumaine, sont «The Paper Will Be Blue», «California Dreamin’», «Policier, Adjectif», «Mardi, après Noel», et «Si je veux siffler, je siffle»… Tout amateur de cinéma européen se doit de les visionner!

Le passé politique obscur de la Roumanie constitue donc le thème de prédilection de cette nouvelle génération de réalisateurs. Le succès international des films roumains indépendants a été confirmé chaque année dans des festivals importants; de plus en plus, l’intrigue se déroule en Roumanie contemporaine, mettant en évidence les problèmes modernes. C’est ce que l’on a pu voir, notamment, dans «Posture de l’Enfant» de Călin Peter Netzer, qui a remporté le prix Golden Bear pendant le 63e Festival de Film International de Berlin.

Le journaliste du Los Angeles Times, Steven Zeitchik, assistant au Festival de Cannes en 2006, a déclaré: «Les roumains ne savent pas faire un mauvais film. Ça doit être illégal dans leur pays. A tout le moins, ça n’est pas permis par leur ADN». Nous ne sommes pas médecins, donc nous ne savons pas pour l’ADN, mais nous savons pertinemment que tout amateur de film indépendant devrait tenter de découvrir ce que l’univers du film roumain peut leur offrir ! Que les réalisateurs roumains nous envoient leurs derniers films, afin que nous puissions les évaluer pour l’édition d’ECU de 2014. Nous avons hâte de découvrir de nouvelles créations roumaines, et de les exposer à un large public international! Cliquez ici pour voir comment faire, et éblouissez-nous avec votre film!

Ruxandra Matei

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