L'Étrange Festival

On peut à peu près tous savoir sur ce que nous réserve un festival de films en se fiant à son nom. Le nom Silhouette évoque des “silhouettes” d’idées, exprimées sous forme de courts-métrages. Le Festival Européen de Films Indépendants semble promettre des films indépendants passionnants. Mais à quoi s’attendre avec un festival qui a pour nom L’Étrange ? Je parie que dans ce cas, vos prévisions sont pIus floues. Après tout, qu’est-ce qu’on appelle étrange ?

Les crottes peuvent s’avérer étonnamment étranges. Tout comme une compétition de courts-métrages organisée par L’Étrange Festival dans un lieu aussi familier que le Forum des Images. Laissez-moi vous en esquisser un portrait : le Forum des Images est un complexe de salles de cinéma parfaitement normal et moderne. Il abrite des manifestations cinématographiques parisiennes comme le Clair de Lune, en été (voir l’article précédent: paris-fermeture-annuelle) et prochainement Moscou – St. Petersbourg. M’y voilà donc avec une autre stagiaire de l’ÉCU, prête pour une soirée placée sous le signe de l’étrangeté.

L’Étrange Festival propose des compétitions de longs et courts-métrages, toujours autour de l’idée du, euh, bizarre. J’ai trouvé que les films présentés par ce festival remettaient en question la perception de ce qui est normal, voire acceptable, quand on va voir un film. Prennons par exemple le jour où j’ai assisté au concours de courts-métrages : le premier film Stroboscopic Noise de Manuel Kapp montrait un fond noir sur lequel des lignes blanches clignotaient à des rythmes variables, jouant avec les illusions d’optique pour créer des espaces tridimensionnels. Après une exposition intensive de 9 minutes, je n’avais plus qu’une envie : fermer les yeux pendant une bonne heure. Mais je ne l’ai pas fait. Il me restait encore 7 courts-métrages à voir et j’avais décidé de m’y tenir.

Et je l’ai fait, 1 heure et 50 minutes, et beaucoup de crottes. Et  quand je dis beaucoup, c’était vraiment une sacrée dose. Qui aurait cru que la crotte puisse toujours être toujours aussi bizarre, après avoir été rendue culte dans les années 70 par John Waters dans la scène où Divine ingurgite une crotte de chien dans Pink Flamingos ? Une crotte peut toujours être dérangeante dans un plan fixe quand tout l’univers des personnages semble en être fait (comme dans Oranus de Jelena Girlin et Mari-Liis Bassovskajaer), ou quand une femme sublime a des relations sexuelles avec un monstre de crotte (comme dans Zigurate de Carlos Eduardo Nogueira).

En l’espace de deux heures, ce concours de courts-métrages m’a cependant donné une idée en accéléré de ce que l’on considérerait comme étrange dans plusieurs pays, et pour cette raison au moins, je ne regrette pas d’y être allée. Je suis aussi persuadée que la grande majorité des films projetés au festival, quelle que soit leur durée, ont procuré aux spectateurs une expérience unique. N’est-ce pas là ce que recherchent les cinéphiles que nous sommes ?

Pour en savoir plus sur la dernière édition de L’Étrange Festival, rendez-vous sur leur site : http://www.etrangefestival.com/EF2010/accueil.php.

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