Cette semaine, l’ECU Movie Review se met à la French Touch avec Les Deux amis, un long métrage du petit protégé du cinéma français Louis Garrel.

Louis Garrel sur le tournage de son film Les Deux AmisPour ce qui ne connaitrait pas le sourcilleux acteur-réalisateur, Louis Garrel est né une bobine dans la main, format 70mm, il y a trente-deux ans. Depuis, le garçon fait son bonhomme de chemin, s’illustrant notamment dans The Dreamers de Bertolucci et à travers une fertile collaboration avec le réalisateur français Christophe Honoré.

Les Deux amis, en un sens, est la quintessence du “Garrélisme”: parisien à l’excès, le film sent la clope et la bière bon marché de bar tabac, tandis que l’intrigue se noue, sans surprise, autour d’un triangle amoureux. Le plan à trois est à l’évidence une passion chez le jeune homme: “c’est vraiment jouissif et cinématographiquement très intéressant à regarder”. Autant dire que sa filmographie semble corroborer cette déclaration : The Dreamers (2003), Le Mariage à trois (2010), Les Chansons d’amour (2007), Les Biens aimés (2011), et puis son court métrage La Règle de trois (2011). Pour Louis, l’amour c’est bien, mais à trois c’est mieux.

les deux amisPour revenir à nos cochons, la trame des Deux amis consiste en un triangle amoureux entre la belle et mystérieuse Mona (Golshifteh Farahani), tôlarde la nuit et sandwichière le jour, et deux meilleurs amis, deux frères de coeur, Clément (Vincent Macaigne) et Abel (Louis Garrel). Le second, pompiste et écrivain médiocre, vient en aide au premier, idiot et amoureux, dans sa quête de la Mona. Car, vous le savez, une femme se conquiert, et une paire suffit rarement à la tâche.

Bien pâle en comparaison d’un mythique Jules et Jim, le long métrage s’inspire de l’intrigue des Caprices de Marianne, pièce de théâtre d’Alfred de Musset, sans jamais en atteindre le raffinement. C’est simple, tout ce qui devait se passer se passe: Mona se retrouvera en cavale, délaissera Clément pour Abel, qui, tout homme qu’il est, n’aurait su dire non à un joli visage et de belles courbes, mais se rongera de culpabilité, macérant lamentablement dans sa traîtrise. Et puis elle retournera en prison et les deux amis se retrouveront face à face, seuls et sans fard.

lOVE TRIANGLE

C’est si attendu qu’on se lasse dès le début. D’ailleurs la transparence du film ne s’arrête pas là; toutes les subtilités sont explicitées: une scène de rupture entre les deux copains, pour être sur que vous avez bien compris la parallélisme des relations ; une lettre finale écrite par la prisonnière à sa mère, au cas où vous n’aviez pas senti que sa fugue était fondée sur la peur. Même constat pour les personnages, dont la vanité laisse trop souvent insensible. Clément, laid, attendrissant et hypersensible, a la tentative de suicide facile et n’a clairement pas inventé l’eau douce. Abel est le playboy qui vit de poésie et d’amour, qu’il soit tarifé, juvénile ou traitre.

les deux amis golshiftehMona, impossible de le nier, est sublime. Elle est aussi un lieu commun à elle seule. Esprit libre pour un corps en cage, sensuelle, forte et audacieuse, mais encore fragile et vulnérable. Le mythe border macho de la femme libérée perpétué encore et encore, sans fraîcheur, sans nouveauté. Femme-enfant, elle s’abandonne avec délectation aux plaisirs solitaires dans des bains publics et danse seule dans un bistro pour les beaux yeux d’Abel, qui la dévore, l’idolâtre, l’adule. Bien entendu elle a tatouée sur sa chaire gourmande un oiseau, petit rappel toujours subtile que Mona est une affranchie. Autant dire que même à l’ombre, sa vie est plus fascinante que la tienne, et que quand c’est toi qui danse en jean et sans soutient-gorge dans des mouvements abscons, ce n’est pas l’admiration qui se lie sur les visages des gens autour.

Du côté positif, les répliques et les situations sont souvent drôles, le tout reste assez léger pour ne pas avoir envie de se crever les yeux avec une pelle à tarte. La musique, même si un peu tapageuse, est sympas. On peut néanmoins s’agacer d’un manque de nouveauté, de parti-pris, d’audace, de surprise. Garrel par Garrel pour Garrel. Personnellement, de quoi nous donner une petite indigestion.

http://garrelouvreuse.tumblr.com/Avoir vu Les Deux amis nous aura au moins apporté une chose: la découverte du tumblr dédié aux humeurs de l’acteur. Un peu de dérision, ça fait toujours plaisir.

http://garrelouvreuse.tumblr.com/

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