Le personnage polyvalent de Jean Cocteau (1889-1963) a marqué le cinéma, la scénographie, la littérature (poésie, pièces de théâtre, scénarios, romans et essais) et la peinture. Sans aucun doute, cinéma et poésie combinés égalent l’homme rêveur et croyant, qu’était Cocteau. Si son héritage en valait la peine, Cocteau voulait que sa pierre tombale dise : «Je débute». Finalement, il est écrit « Je reste avec vous ».

Dans le domaine du cinéma d’avant-garde et expérimental, l’autorité de Cocteau est respectée et adorée, tout en étant également contredite et mise en doute, mais certainement pas passée inaperçue. Les universitaires et les critiques ont inventé toutes sortes de titres pour lui tels que dandy excentrique, génie d’avant-garde, dilettante ingénieuse… ou dilettante de génie (?).

Mieux encore, un homme de la renaissance dont l’élan artistique s’est étendu dans divers domaines de l’art. Il avait un style de vie tout à fait décadent – Cocteau faisait partie du cercles bohème de Montparnasse, où, entouré de nombreux contemporains célèbres, il menait sa propre «movable feast». En 1917, Cocteau écrit un scénario pour le ballet « Parade » produit par Diaghilev. Ses collaborateurs sont alors Picasso (scénographie), Apollinaire (livret) et Satie (musique). Parmi ses amis et collaborateurs, plusieurs artistes influents du XXe siècle se mêlent dont Diaghilev, Modigliani, Stravinsky, Colette et Edith Piaf.

Néanmoins, dans une interview, Jean Marais – le partenaire de longue date de Cocteau (à la fois à l’écran et dans la vie) – a déclaré que la poésie reste avant tout l’œuvre de la vie de Cocteau. 

Le sang de Cocteau 

En 1895, lors de la projection du premiers films de frères Lumière, Cocteau n’avait que 6 ans. On peut dire que le cinéma et Cocteau étaient presque contemporains. C’est pourquoi il est fier de la nouvelle forme d’art, défendant le cinéma contre tous les sceptiques qui osaient prétendre que c’était un divertissement dénué de sens. De plus, le cinéma a donné à Cocteau le médium idéal pour exprimer ses idées. Très empreints dans la littérature, les concepts mythiques et surréalistes, ses films sont oniriques et riches en symboles, mais Cocteau lui-même n’a jamais voulu être considéré comme surréaliste. Il croyait que les rêves sont un miroir puissant de la réalité. Plus encore, Cocteau a insisté sur le fait qu’il ne peut pas revendiquer la pleine responsabilité de ses créations artistiques car ce sont les actes d’une force mystique qui l’habite.

La trilogie Orphiquede Cocteau, composée du Sang d’un poète (1930), d’Orphée(1950) et du Testament d’Orphée (1960), traite des souffrances, de la mort et de la renaissance des artistes. L’idée de Cocteau était de créer une tragédie grecque à notre époque, mais la vraie tragédie dans ces films semble être l’angoisse de l’artisan. Par exemple, dans Sang d’un poète, l’artiste finira par essayer de s’étrangler. Plus intéressant encore – avec le même bras qu’il a utilisé pour créer son œuvre d’art – une statue.

Dans Orphéele poète passera par miroir magique, se terminant dans un monde souterrain et à la croisée des chemins entre l’amour de sa femme, la princesse de la Mort (Maria Casares), et sa poésie. Testament d’Orphée(1960) est le troisième film de la trilogie Orphique, et sert de lettre d’adieu à Cocteau – une lettre très personnelle d’ailleurs. A la fin de sa vie, Cocteau lui-même joue dans ce film, revisitant son héritage cinématographique et des personnages qui ont été présentés dans ses films.  En regardant attentivement chacun de ces films, l’esprit pourrait se demander à quel point l’art est proche de la mort et vice versa. Cocteau lui-même a lutté contre le stress, l’anxiété, la dépendance à l’opium et diverses autres luttes.

Les revendications d’un auteur 

Il redéfinit l’avant-garde et tente de diminuer la prétention au cinéma. Cocteau utilise le terme «auteur» avant même le début de Truffaut, Bazin & Co. Il le borde de littérature, affirmant que tout appartient à un auteur.

« Il est vrai que l’auteur d’un film en est le réalisateur. Tout lui appartient. J’ai réalisé La Belle et la Bêteparce que je voulais être le véritable auteur de l’œuvre. De nos jours, le réalisateur est le maître suprême d’un film: c’est lui qui rassemble les moindres détails. » [1]

En effet, l’interprétation de Belle et la Bête(1946) par Cocteau est une expérience cinématographique magique. Les désirs et les désirs de Belle et la Bête (Jean Marais) sont représentés d’une manière si nuancée. Ce n’est pas ton histoire naïve habituelle à propos d’une fille rencontrant une bête. Il n’y aura pas de joyeuses tasses qui dansent sur une table et le placard ne s’animera pas juste pour habiller Belle. C’est un film mystérieux avec une délicate érotique encodée à l’intérieur. Le film est magnifiquement atmosphérique : rythme de la parole, jardin gothique et château silencieux – tout contribue à cet enchantement d’isolement. Pourtant, la vraie magie réside dans les passions opprimées entre les deux.

Les films mentionnés sont un bon début pour connaître l’univers de Jean Cocteau. Cependant, il est conseillé d’aller plus loin et de découvrir ses autres films (comme Les Parents terribles, 1948, et L’Aigle à Deux Têtes, 1948), écrits et dessins.

De plus, une grande partie du portefeuille de Cocteau est composée de films qu’il a scénarisés pour d’autres réalisateurs, dont Les Enfants Terriblesde Jean-Pierre Melville (1950), L’éternel retourde Jean Delannoy (1943), Les Dames du Bois de Boulognede Robert Bresson (1964) et autres.

P.S. En 1962, Jean Cocteau enregistre une vidéo où il s’adresse aux personnes du futur. Son discours est un tendre bras sincère vers la génération des années 2000. Regardez-le ici.


[1]“The Art of Cinema”, Marion Boyars Publishers Ltd , 2000, 32-33

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