Malgré le fait que la gueule de bois de la Saint-Patrick a à peine commencé à se calmer, on continue à fêter les grands patrons de l’île émeraude. Cependant, au lieu d’honorer ses saints, on a pensé de nous adresser à ses divins cinéastes indépendants, en chantant les éloges des deux frères exceptionnels : John Michael et Martin McDonagh. 

Bien qu’ils soient tous les deux nés et qu’ils aient grandi à Londres, le vent crie “Eire” pour les frères McDonagh ; ils sont irlandais jusqu’au bout des ongles. Leurs parents étaient des migrants irlandais venus au Royaume-Uni à la recherche d’un emploi. Ils se sont installés à Londres, en vivant dans plusieurs quartiers irlandais de la ville dans le but « de se sentir comme chez eux ». Même quand les garçons quittaient pour peu leur maison dans la « mini-Irlande », c’était seulement pour se retrouver sur le bijou émeraude brillant lui-même; ils ont passé chaque été de leurs jeunes vies en rendant visite à la famille de leur mère au Connemara, sur la côte ouest de l’Irlande.

Leur affection pour leur pays est bien évidente partout leurs films. Les deux écrivains aiment l’humour noir, un dénominateur commun dans le cinéma, théâtre et littérature irlandais. Plus que dans ses films, on peut le voir dans les pièces de théâtre de Martin McDonagh, y compris « A Skull in Connemara » et « The Lieutenant of Inishmore ». Même si ses films ne sont pas si centré sur Irlande que ses pièces, ils ont souvent encore le même humour noir, ainsi que des protagonistes irlandais. Un bon exemple de ça serait « Bons baisers de Bruges », son premier long métrage et l’une de ses œuvres les plus adorés, avec Colin Farrell et Brendan Gleeson. John Michael McDonagh montre sa révérence pour sa maison ancestrale d’une manière plus directe; ses films sont souvent mis en scène là et servent comme d’examens satiriques sur des communautés pastorales irlandaises et de la vie.

Avec des veines similaires qui traversent leurs œuvres, il n’est pas trop difficile comprendre qu’ils sont frères. Cependant, ce qui est plus difficile à comprendre, c’est qu’ils sont comme des frères ordinaires. Après tout, ce n’est pas souvent que vous voyez deux membres de la même famille avec tant de prouesse en matière d’écriture. Pourtant, même si leur code génétique a été écrit par Shakespeare lui-même, il semble que leurs extraordinaires talents n’aient pas empêché leur développement de « l’amour, de l’amour, de l’amour et d’une petite étincelle de haine ». L’un des premiers souvenirs de Martin est celui d’une réprimande particulièrement sévère qu’il a reçue de ses parents après avoir cassé la cheville de John Michael dans une bagarre. Tandis que la violence physique entre eux commençait à cesser quand ils sont devenu plus matures, cela ne marquait pas la fin de leurs conflits. Une célèbre querelle des deux McDonaghs s’est produite quand ils ont eu un vingtaine d’ans, et des sources disent, que c’était une bagarre particulièrement explosive. Le sujet en question? Qui pourrait manger le sandwich grillé que l’un d’eux avait fait.

À part ces petites disputes, il y a un autre aspect essentiel aux rapports fraternels : la rivalité. De notre propre expérience et des contes racontés depuis « Caïn et Abel », on connaît la jalousie et la fierté que nos frères et sœurs invoquent en nous et le dynamisme que ces émotions nous donnent pour réussir. Bien que le succès incroyable de ces deux fils doit invoquer la jalousie des autres parents aux fêtes de famille, c’est la comparaison inévitable et inéluctable entre eux qui est souvent trop difficile à supporter. 

C’est particulièrement le cas parce que, pendant une bonne partie de leur jeunesse, Martin a connu plus de succès que son frère. Peut-être encore plus frustrant pour John Michael, Martin en a eu dans la même profession qu’il a lui-même poursuivi. Les deux frères ont quitté l’école à un jeune âge; John Michael avait 17 ans quand il a terminé ses études et Martin, inspiré par son frère, est parti à 16 ans. En décidant de ne pas chercher un emploi tout de suite, les frères vivaient au chômage. Ensemble, ils ont créé un repaire de bohème, une utopie de narration, pas interrompue par le monde extérieur (enfin, à l’exception du billard occasionnel en ville). Ils passaient leur temps en lisant, en regardant des films cultes comme “Taxi Driver” et “Mean Streets”, en se penchant sur tous les feuilletons que la télévision britannique pouvait offrir, et, bien sûr, en écrivant. Même après que les garçons ont commencé à travailler, ils n’ont jamais cessé d’écrire ; c’était une partie intégrante de leur façon d’être.

Pourtant, Martin était peut-être juste un peu plus motivé. À l’âge de 22 ans, il a écrit plus de 150 nouvelles, ainsi que des scénarios de films et des pièces radiophoniques. Il a commencé à les envoyer aux conseils d’art et, même si rien n’en est sorti, cela lui a donné la détermination de continuer à écrire et de se pousser plus loin. À l’âge de 24 ans, il a obtenu une bourse d’écriture de six mois à l’Université de Californie du Sud, qui a servi de le motiver de plus. En 1996, sa première pièce “La Reine de Leanne” a été jouée à Galway; à partir de ce moment-là, Martin est devenu une sensation de théâtre. Il deviendrait le seul dramaturge depuis Shakespeare d’avoir quatre de ses œuvres produit sur la scène londonienne en une seule saison. Ce n’est qu’en 2004 qu’il s’aventure dans le cinéma avec son premier court métrage “Six Shooter”. De plus, il a été nommé pour un Oscar cette année – impressionnant pour un premier film ! Il a continué à créer le bien-aimé et très acclamé “Bons baisers de Bruges” avant de poursuivre sa traînée de feu indépendant avec “Seven Psychopaths” et, bien sûr, “Three Billboards: panneaux de la vengeance”.

Depuis sa domination du théâtre, à la hauteur de la popularité de “Bons baisers de Bruges”, on comprend bien pourquoi John Michael n’était pas très content face au succès de son frère. A cette époque, il n’avait écrit qu’un seul scénario, “Ned Kelly”, qui mettait en vedette Heath Ledger. Cependant, cela n’a pas été une expérience réussie. Il a échoué à faire de ce film un succès, quelque chose que John Michael attribue à son réalisateur “sans humour”. Pourtant, malgré cet “échec”, John Michael a refusé de s’arrêter. Au lieu de cela, il a appris de cette expérience et a exploité ses émotions. Premièrement, John Michael a décidé de ne jamais laisser quelqu’un d’autre réaliser ses scénarios après ce projet-là. Ensuite il a utilisé la rage qu’il a ressentie pour créer le personnage le plus anarchique de son œuvre: Gerry Boyle, personnage principale de “The Guard”. En 2011, ce film, avec Brendan Gleeson et Don Cheadle comme acteurs principaux, est sorti dans les cinémas et est devenu le film indépendant irlandais le plus réussi de tous les temps.

Avec cette réalisation phénoménale, et en plus de créer d’autres films critiques comme « Cavalry », le frère McDonagh aîné n’avait plus besoin d’être un « connard grincheux ». Il a trouvé sa place dans le monde du cinéma indépendant ; il s’est permis de devenir, au moins pour son frère, un « connard applaudi par la critique ».

Il est à noter que, même avec une tension ou une jalousie entre les deux, il est évident que les frères se respectent et s’admirent entre eux. Martin mentionne souvent que tous les livres et la musique qui l’ont influencé ont été découverts par John Michael. En plus d’être la raison pour laquelle il a quitté l’école avant d’être diplômé, c’était aussi le fait que John Michael a aimé sa première idée de nouvelles qui l’a motivé d’écrire. Pour John Michael, je crois que le succès de son jeune frère l’a vraiment conduit vers la grandeur. Son voyage vers la gloire indépendante a même été aidé par son jeune frère – c’est grâce à lui que Brendan Gleeson a reçu le scénario de “The Guard” et a décidé que c’était le projet pour lui. Bien qu’il parait défensif par rapport au rôle de son frère dans le meilleur travail de sa carrière (Martin McDonagh est crédité comme producteur pour “The Guard” à cause de son aide), je crois que le message de ces deux frères ont est important: le succès n’est jamais fait tout seul. Vous devez soutenir les personnes qui vous ont soutenus. Tout le monde mérite être la meilleure version d’eux-mêmes qu’ils peuvent.

Irlande, on a bu (beaucoup, beaucoup) pour fêter votre pays, votre culture et votre histoire la semaine dernière. Peut-être que la prochaine fois on va boire pas seulement à vos héros, sur et hors l’écran du cinéma, mais à l’amour, l’admiration et la loyauté que nous avons appris de vos bons habitants, les frères McDonagh.

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